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Marianne Godbout, atuvu.ca, 30 septembre 2021

Entrevue avec la compositrice Ida Toninato à propos de la performance musique et vidéo L’Atlas des films de Giotto, inspirée du roman de Rober Racine, un concert présenté par Productions SuperMusique et Le Vivier dans le cadre de sa Saison Automne 2021.

Présenté ce dimanche 3 octobre à 19h00 au Vivier à l’Espace Orange de l’édifice Wilder, L’Atlas de films de Giotto est une réinterprétation en musique contemporaine, cinéma et lumière du roman éponyme de Rober Racine. Ida Toninato invite les compositeurs Gaëtan Gravel, Pierre-Luc Lecours et Rémy Bélanger de Beauport à s’inspirer du livre pour créer une représentation unique en collaboration avec les vidéastes Myriam Boucher et Robin Pineda Gould, ainsi que l’éclairagiste Karine Gauthier.

Giotto est pilote d’avion pour le compte de la NASA; il transporte vers différents musées du monde des échantillons lunaires rapportés par les missions Apollo. Visitant les cinémas au cours de ses voyages, il consigne à la demande de sa fille les synopsis et impressions que lui laissent les films qu’il y voit, se construisant un atlas cinématographique du monde.

Un roman composé de films imaginaires, répertoriés dans le détail, un exemple classique de l’œuvre de Rober Racine, qui aime jouer avec la langue et les formes. La musicienne Ida Toninato étant devenue l’amie de Rober après l’avoir rencontré à un concert il y plusieurs années, il lui prête l’atlas.

Je suis vraiment tombée en amour avec cette mine d’or d’imagination, de liens, de connexions, de personnages, de scènes, d’improbabilité.

S’installe en elle l’idée de prendre ce livre aux mille rencontres comme point de départ pour pousser encore plus loin la transgression des formes et composer, dans le réel, des musiques inspirées de ce concept unique.

Avec l’appui des productions SuperMusique, elle contacte des compositeurs aux visions variées, souhaitant que chacun s’approprie de manière très personnelle le concept de Rober Racine.

Collier sélène de la Terre

Rémi Bélanger de Beauport compose la première pièce du concert en se basant sur le concept global du livre. Jouant avec le métier de Giotto, il pense aux trajets de Giotto autour de la Terre, transportant des bouts de l’espace, comme une ceinture d’astéroïdes… ou un collier de lune.

Son travail c’est d’aller porter des échantillons de roche lunaire, donc il trace autour de la terre un collier de roches lunaires. Dans chaque ville qu’il visite c’est comme s’il déposait une perle géante.

Rémi est un improvisateur aguerri, un créateur inventif et audacieux qui compose en se mettant au défi. Il expérimente avec le son et se réapproprie le roman à sa manière pour créer le Collier sélène de la Terre.

Si tu lui demandais “j’aimerais que tu écrives une pièce pour trompette”, probablement que tu entendrais cette trompette sonner comme jamais une trompette n’a sonné sur la planète terre.

Rémi travaille avec l’éclairagiste Karine Gauthier, une passionnée de lumière ayant travaillé sur l’éclairage de divers concerts et pièces de théâtre, qui se prête ici au jeu en assistant à des répétitions avec les musiciens pour crér des éclairages uniques pour la pièce de Rémi Bélanger de Beauport, ainsi que pour la deuxième pièce du spectacle, Le Rayon, composé par Gaëtan Gravel.

Le rayon

C’est parce qu’elle sait que Gaëtan Gravel est un compositeur de musique de film d’expérience qu’Ida souhaite l’inviter à participer au spectacle. Celui-ci compose une trame musicale comme celles du cinéma en prenant diverses scènes tirées de l’Atlas, pour créer sa pièce.

J’ai lu ses différentes scènes et je les vois, j’arrive à les imaginer, c’est comme si on était à l’intérieur. On a vraiment cherché à représenter sonorement toutes les images qu’il nous donnait.

Gaëtan a composé plusieurs pièces pour la publicité, la télévision et le cinéma, entre autres dernièrement pour les films Souterrain (pour lequel il est nominé aux côtés du compositeur Patrice Dubuc pour la meilleure musique originale au gala Québec Cinéma) et Chien de garde, tous deux de la réalisatrice Sophie Dupuis. Il était important pour Ida d’impliquer des compositeurs aux parcours et aux visions variées, pour mettre à l’honneur la démarche créative et l’éventail de possibilités qu’offrait l’interprétation de L’Atlas de Giotto, et il était pour elle une évidence qu’un compositeur de musique de films fasse partie du projet.

La petite sphère

Pierre-Luc Lecours, qui compose la troisième partie du spectacle, compose autant avec l’instrumental que l’électronique. Autant dans ses recherches en musique (car il détient un doctorat qui lui a valu des bourses prestigieuses) que dans son travail en composition, il s’intéresse au décloisonnement des arts, par exemple en agençant électroacoustique et instrumental, mais aussi en s’intéressant à la performance et à la vidéo. De son côté, Pierre-Luc choisit de s’en tenir au synopsis de La petite sphère, qui l’accroche particulièrement. Il se joint à la cinéaste Myriam Boucher qui réalise alors un court film, plutôt collé au texte.

Il a fait un album ( Imaginary Landscape ) pour lequel il mélange clarinette basse, gramophone, synthétiseur, c’est magnifique. Il a une finesse d’écriture que j’aime vraiment beaucoup.

Myriam Boucher est une habituée des projets musicaux, elle-même compositrice en plus d’être vidéaste, ayant travaillé auparavant avec entre autres l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Ensemble contemporain de Montréal, et le Nouvel ensemble moderne. Ayant travaillé avec Pierre-Luc sur Imaginary Landscape, les deux artistes s’étaient déjà apprivoisés et étaient familiers avec leur démarche respective, ils ont donc choisi de travailler ensemble sur ce projet.

Les décerclés

La pièce d’Ida Toninato, qui clôt le spectacle, est créée en collaboration avec le vidéaste Robin Pineda Gould et s’articule autour de deux synopsis qui les avaient marqués, l’un à la suite de l’autre. Comme les deux synopsis comptaient chacun une scène d’explosion, ils ont donc concentré leur effort à recréer l’impression que leur laissait cette explosion.

Dans le film de Robin, le visage d’une femme est peint de lumières, la projection d’un film présentant des explosions.

On travaille sur un film qui n’existe pas encore, mais peut-être qu’il va exister, peut-être qu’il existe dans la tête de cette personne qui est en train de le voir et qu’on le voit à travers son regard.

Du côté d’Ida, c’est en embrassant cette thématique de chaos qu’elle choisit parmi les musiciens de l’Ensemble SuperMusique des improvisateurs en lesquelles elle a une grande confiance, issus de différents parcours, qu’il s’agisse de classique ou de punk-rock. Sa pièce est très ouverte, et laisse une grande liberté aux improvisateurs.

L’explosion avec eux ça coule vraiment de source. C’est des gens qui peuvent générer un espèce de magma sonore, une intensité de volume, de décibels, très fort et à la fois structuré, détaillé, fin.

L’Ensemble SuperMusique est un organisme à géométrie variable, et Ida a beaucoup de plaisir et de curiosité lors de la création de sa pièce, choisissant de se limiter à des gestuelles d’improvisation; c’est-à-dire que les grands mouvements de la pièce (plus fort, plus doux, plus rythmé, plus haché, etc) sont déterminés à l’avance avec une précision relative, mais que la place est là pour une certaine liberté d’interprétation chez les musiciens.

L’Atlas des films de Giotto est décidément un hommage à l’étincelle d’inspiration qu’une œuvre peut générer en nous, métabolisant une forme en une autre; le cinéma en un roman, la littérature en exploration musicale, la musique en vidéo, et qui sait ce que ce spectacle pourrait vous inspirer encore!

L’Atlas des films de Giotto est décidément un hommage à l’étincelle d’inspiration qu’une œuvre peut générer en nous, métabolisant une forme en une autre…