SuperMusique célèbre 40 ans de liberté

Marc-Yvan Coulombe, Les ArtZé, 24 septembre 2020

Le groupe québécois Wondeur Brass, ça vous dit quelque chose? C’était au début des années 80 et cette formation de musiciennes dont Danielle Palardy Roger et Joane Hétu allait en déstabiliser plusieurs avec des musiques qui transgressaient les règles en puisant leurs élans à la fois dans le rock, le jazz, le folklore, le punk, etc. Leurs détracteurs qualifiaient le tout de cacophonie, mais leurs adeptes applaudissaient ce renouveau qu’on ne tarda pas à nommer musique actuelle. Quatre décennies plus tard, ce courant est toujours bien vivant comme en témoigne, entre autres, le Festival international de musique actuelle de Victoriaville. Mais qui osait produire de tels concert à l’époque. Entrevue avec Danielle Palardy Roger, cofondatrice de Productions Super Musique qui célèbre ses 40 ans au Gésu.

«Énorme envie de liberté!»

Bien sûr, on écoute encore les œuvres de Bach, des centaines d’années après leur création et il demeure évident qu’elles ont fait évoluer la musique. Mais, justement, l’évolution musicale doit se poursuivre estime la compositrice, Danielle Palardy Roger, pour qui la musique académique était devenue un carcan. «Nous avions une énorme envie de liberté», renchérit la percussionniste, improvisatrice et chanteuse. C’est donc dans cet esprit que les musiciennes de Wondeur Brass, entre autres, ont fait éclater les frontières entre les genres musicaux.

Pour survivre, il fallait toutefois structurer un organisme de production de concerts de musique actuelle. C’est ainsi que sont nées les Super-Mémés (nom antérieur de SuperMusique), alors que Diane Labrosse, Joane Hétu et Danielle Palardy Roger ont créé, au début des années 80, une véritable structure pour produire des concerts et organiser des tournées, d’abord, essentiellement pour les groupes Wondeur Brass, Justine et Les Poules.

«Au début, personne ne comprenait ce qu’on faisait», se rappelle madame Palardy Roger. «Personne ne voulait de nous. On ne cadrait pas avec les concerts jazz, rock ou pop. On nous disait pourquoi faites-vous de la musique aussi laide?» Mais, avec le temps, un public curieux s’est laissé séduire par la musique actuelle, souvent improvisée. «Il est vrai que ça demande un effort d’écoute, mais cet effort est récompensé! En plus du côté festif, ça favorise le mouvement de la pensée.»

La source

Les productions SuperMusique célèbrent la première partie de leur aventure dans un concert anniversaire intitulé La source — ESM: Les affluents. On y a invité les compositeur.trice.s qui ont entouré les directrices artistiques, Joane Hétu et Danielle Palardy Roger au cours des années 1980 à 1999. Au programme, des ouvres composées par des fondateurs de la musique actuelle québécoise, dont Michel F Côté, Jean Derome, Diane Labrosse, Martin Tétreault. «Tels des affluents qui traversent les rapides vers le fleuve, les créations de ces fondateurs ont engendré le flux de la musique actuelle», peut-on lire sur le site du Vivier qui présente ce concert. Danielle Palardy Roger ajoute que l’appellation «musique actuelle» est bien québécoise. En France, on parle de «musique de traverse» et aux États-Unis de «noise music», mais ces termes n’équivalent pas nécessairement toute la diversité de la musique actuelle.

«Nous avions une énorme envie de liberté»