Symphonie pour réveille-matin et vieilles dactylos

Carole le Hirez, Le Plateau, 29 mai 2007

Percolateur, dactylo, imprimante à ruban, téléphone à cadran rotatif, réveille-matin à ressort, répondeur à cassette… La musicienne Diane Labrosse est partie à la recherche d’anciennes traces sonores laissées par ces appareils menacés d’extinction. Résultat: Espèces en voie de disparition, un bazar audio printanier présenté du 6 au 9 juin à l’Espace 701.

Compositrice et virtuose de l’échantillonneur, Diane Labrosse se passionne pour les thématiques de collections: après Petit traité de Sagesse pratique et Petit bestiaire, dans lesquels il était question de proverbes et d’animaux, la voici qui se penche sur le dernier souffle d’objets devenus inutiles, mais dont les sonorités demeurent bien ancrés dans nos oreilles.

L’idée de travailler sur les sonorités de cet outillage en voie de désuétude lui est venue en voyant l’étonnement d’une petite fille qui découvrait pour la première fois un disque vinyle, autant dire un dinosaure pour cette enfant issue de la génération CD. Elle a eu alors envie de partir, telle une archéologue, sur les traces de ces sonorités perdues.

«J’aime travailler avec les sons inusités, le bruit, et les transformer en musique», indique cette collectionneuse atypique qui se retrouve régulièrement depuis quinze ans sur les scènes de musique actuelle tant au Canada qu’en Europe, où elle a participé à plusieurs festivals d’envergure.

Le cri du percolateur

Vingt percolateurs, 45 horloges… L’outillage de notre quotidien d’une autre époque ressorti de l’oubli par Diane Labrosse et son équipe de tripoteurs de sons ressemble à un inventaire à la Prévert.

«J’ai voulu approcher ces objets, car ils émettent des sonorités appelées à disparaître. Je trouvais intéressant de les réveiller en les amplifiant et les transformant par l’électronique», déclare la musicienne qui aime confronter harmonie et dissonance dans ses compositions. Cet attrait pour les sons non conventionnels l’a amenée à l’échantillonneur numérique avec lequel elle travaille dans une optique bruitiste.

Dans Espèces en voie de disparition, elle propose au public de circuler dans une galerie- parcours, où les objets sont présentés à la manière d’une installation. Après la découverte des objets inanimés, le spectateur est invité à se déplacer d’une table à l’autre pour découvrir huit installations, soit 16 tableaux, où ces mêmes objets sont mis en scène, branchés à des micro-contacts et amplifiés.

Parcours sonore

Lors de ce parcours acoustique, Diane Labrosse utilise le cadran rotatif et la sonnerie typique des anciens téléphones analogiques de façon naturelle afin d’en tirer des effets poétiques. Michel F Côté, spécialiste des objets et des instruments, s’attaque à toutes sortes de bidules hétéroclites pour en faire jaillir des sons inattendus. Pierre Tanguay est confronté à la polyrythmie d’une cinquantaine de réveille-matin et d’horloges alors que Martin Tétreault en débat avec une douzaine de tourne-disques.

Élodie et Séverine Lombardo manipulent téléphones et vieilles dactylos. Marc-Alexandre Brûlé, maître illusionniste, entretiendra le mystère, tandis que Sébastien Cliché réalisera des superpositions d’images vidéo.

Cette vaste installation s’étalera sur plus de 15 000 pieds carrés dans un édifice industriel consacré à la confection de vêtements. «L’aspect visuel est donc très important: il faut habiter cet immense espace», indique la compositrice. Il n’y en aura donc pas seulement pour les oreilles, mais également de quoi occuper les yeux.

Membre fondatrice des ensembles Justine et Wondeur Brass, Diane Labrosse poursuit plusieurs projets dont le trio Les Poules, le duo Parasites, le quintette Petit Bestiaire de même que l’O.V.N.I. (L’orchestre des Valeureux Nouveaux Improvisateurs), qu’elle dirige tous les étés au Camp Musical du Saguenay-Lac-St-Jean. Elle revient tout juste de Vancouver où elle présentait une installation/parcours sur la vie et l’œuvre de l’écrivaine canadienne Élisabeth Smart.

«J’aime travailler avec les sons inusités, le bruit, et les transformer en musique», indique cette collectionneuse atypique qui se retrouve régulièrement depuis quinze ans sur les scènes de musique actuelle tant au Canada qu’en Europe, où elle a participé à plusieurs festivals d’envergure.