L’intérêt mitigé de la frange

François Tousignant, Le Devoir, 16 avril 2003

C’est en un lieu un peu rare, rue Notre-Dame, à l’ouest du marché Atwater, que les sympathiques SuperMémés nous invitaient pour la première d’une série de trois manifestations baptisées SuperOption. Le nom le dit bien, on ne va pas là pour du conventionnel. On se présente les oreilles ouvertes pour le risque, pour sentir vers quoi le vent peut tourner, pour entendre les nouvelles visées d’une génération autre que celle des circuits établis.

Cela stimule parfois, cela désole d’autres fois. Dimanche soir, le spectacle a laissé un peu tiède. La description tient en peu de chose. Sur des fonds atmosphériques à évolution très lente, sorte de décor pour les événements qui se déroulent, de petits riens vont doucement émerger. Partout, la forme est généralement la plus simple: du doux au fort et on arrête, ou encore du fort au doux et c’est la fin. L’organisation des présentations est aussi symétrique: deux improvisations en duo encadrent deux prestations solo.

Première constatation: le geste semble très important. I8U bouge la main au-dessus d’un de ses appareils et ses mouvements modifient le son, qu’il soit d’origine synthétique ou fourni par les minuscules objets de Magali Babin. Pour produire des sons, cette dernière, en effet, manipule des billes, une sorte de cordier et que sais-je encore. Un intérêt vient donc de la naissance même du phénomène sonore. En cela, l’ajout de la vidéo, qui pourrait mieux nous montrer le comment de la chose plutôt que de nous laisser devant des instants parfois déconcertants de subtilité quasi imperceptible, ajouterait une piste d’orientation à l’écoute fort bienvenue.

Pas d’illumination dans ces improvisations. Une exploration timide, en demi-teintes atmosphériques qui sont un peu toutes comme des excroissances actuelles des explorations d’un certain Stockhausen (quelque part entre Stimmung et Oktophonie), de bien des «idées» de Cage, voire du Pink Floyd d’Echoes. Si cela reste terne, une certaine finesse point qui demanderait à mieux s’afficher. En cela, je prends en exemple le solo de Magali Babin où, malgré les interférences de la sonorisation (rien n’est parfait…), on a pu s’intéresser à ce minimalisme intuitif même s’il n’arrive pas à faire éclore toute sa sensibilité.

On peut dire la même chose de son jeu à bille de la première improvisation, avec d’intrigants traitements de frictions et de pincements de cordes.

Face à elle, I8U s’avère beaucoup trop conventionnelle. Elle se contente de faire jouer les machines, d’imposer un peu sa loi et ses processus alors que sa collègue suit timidement.

On se met donc à tourner en rond dans un tunnel qui possède certaines fenêtres entrevues sans qu’aucun des protagonistes n’arrive à utiliser les rais de lumière que celles-ci laissent passer, tamisant tout comme si les musiciennes manquaient d’aplomb en scène. On sort donc pas trop convaincu de l’état des choses, un peu comme si une expérience de laboratoire avait quelque peu avorté. On sentait le terreau riche de potentiel; il manquait la flammèche qui aurait fait naître la flamme afin qu’on assiste à autre chose qu’un sympathique déploiement de lutherie qui demande à être mieux mis en évidence et un résultat sonore qui lui est trop subordonné.