Cordes et âme

Réjean Beaucage, Voir, 3 octobre 2002

Tim Brady a un automne chargé. D’abord avec le festival Guitarévolution, présenté à compter de cette semaine par la société Innovations en concert dont il est directeur artistique, puis par une composition pour 20 guitaristes offerte dans le cadre du forum international des arts jeune public Les Coups de Théâtre en novembre, et enfin par un concert de son propre ensemble, Bradyworks, en décembre (sur lequel nous reviendrons). Sans oublier que l’OSM interprétera l’une de ses œuvres les 26 et 27 novembre. Je l’ai rencontré chez lui pour discuter de tout ça.

Ce sera la première fois que l’OSM interprétera une œuvre de Tim Brady lorsque Rafael Frühbeck de Burgos (prédécesseur de Charles Dutoit à la direction artistique de l’OSM) dirigera l’orchestre dans Three or Four Days After the Death of Kurt Cobain, originellement écrite pour piano et violoncelle. Ce n’est pourtant pas sa première œuvre orchestrale. “J’ai beaucoup composé pour orchestre alors que j’étais “jeune compositeur", opine Brady. Parce qu’au moment de sortir de l’école, on se fait dire que si l’on veut être pris au sérieux, il faut composer pour orchestre. Mais j’ai voulu m’impliquer davantage dans la musique qu’en l’écrivant simplement: je voulais aussi la jouer. Et puis, à partir d’un moment, elle est devenue beaucoup plus rythmée, ce qui est difficile à faire passer à l’orchestre. Ça m’a pris presque 20 ans de travail avant de trouver la façon de faire ce genre de musique très rythmée avec un orchestre."

Cette longue recherche ne l’a pas empêché de voir sa musique primée à de nombreuses reprises, et jouée aussi bien à Winnipeg, Pittsburgh ou Philadelphie. Mais il y a de nombreuses contraintes à l’écriture pour orchestre, et le temps de répétition offert n’est pas la moindre. “On m’a déjà donné 25 minutes de répétition pour une pièce de… 20 minutes! lance-t-il. Pour (…) Kurt Cobain, que jouera l’OSM, j’ai essayé de contourner ce problème. Chostakovitch avait une manière de faire une musique qui soit complexe tout en étant pourtant “facile" à jouer, et Lutoslawski aussi. Ça se passe sur le plan de l’écriture. Alors j’ai travaillé là-dessus. Ivan Alexander, de Toronto, a commandé l’orchestration et l’a interprétée à Prague. Ça sonnait très bien. J’ai hâte d’assister aux répétitions avec l’OSM!"

Tim Brady a récemment pu s’exercer davantage à l’art d’écrire une musique qui demeure complexe, tout en étant “facile" à jouer, puisqu’il a dû composer une pièce pour 20 guitares électriques qui sera interprétée par des instrumentistes provenant d’écoles secondaires de la région de Montréal. Sous le titre 20 Jacks 1/4, l’œuvre a été commandée par Les Coups de Théâtre et sera présentée les 21 et 22 novembre à l’Espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault. Une version studio de Brady devrait paraître chez Ambiances Magnétiques vers les mêmes dates. “J’ai été impressionné par la qualité de ces jeunes guitaristes, dit Brady, et je pense qu’ils seront de très bons interprètes." Je peux vous dire pour avoir eu droit à quelques extraits que ce sera certainement quelque chose à entendre.

Comme le sera aussi la programmation du festival Guitarévolution, qui débutait le 28 septembre et se poursuit jusqu’au 12 octobre. Le quintette Structural Damage, Nick Didkovsky (Doctor Nerve) et le doublé Wiek Hijmans/Seth Josel se produiront (gratuitement) à la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal, tandis que quatre autres concerts seront donnés au Théâtre La Chapelle. Le trio de guitares de l’ensemble Kappa y sera le 9, les guitaristes Bernard Falaise, Daniel Heïkalo et Arthur Bull, et le saxophoniste Pierre Labbé le 10, tandis qu’André Duchesne, Rainer Wiens et Sam Shalabi se joindront à neuf jeunes guitaristes le 11 pour présenter trois quatuors et une pièce pour 12 guitares. Le festival se terminera le 12 avec René Lussier et Eugene Chadbourne, que l’on a vus en duo à Victo mais qui seront accompagnés cette fois-ci de Lori Freedman (clarinette), Pierre Lavoie (dobro) et Claude Méthé (violon) pour une session de country-folk surréaliste. En plein milieu du festival, soit le dimanche 6, le Nouvel Ensemble Moderne et sa directrice Lorraine Vaillancourt feront la création de Playing Guitar, un concerto pour guitare électrique et grand ensemble de Tim Brady. L’œuvre, d’une cinquantaine de minutes, sera donnée à la salle de concert Oscar-Peterson (7141, rue Sherbrooke Ouest), une magnifique salle qui n’est pas exactement au centre-ville, mais qui vaut amplement le détour. Aussi au programme de ce concert, Brady interprétera des œuvres d’Alex Burton (pour guitare et ordinateur) et de Jean-François Laporte (pour guitare à archet et bande), puis se joindra au duo Traces (Guy Pelletier, flûte et Julien Grégoire, percussions - tous deux du NEM). Un concert à ne pas manquer. Info: www.innconcert.ca.