Coupure de presse

Solange Lévesque, Le Devoir, 26 octobre 2000

Réconcilier madame Bolduc une icône de la musique traditionnelle québécoise, avec la «musique actuelle» qui fait encore peur à bien du monde: un réve, presque une utopie! Le rêve de Diane Labrosse instigatrice de l’Hommage à la Bolduc créé hier au musée d’Art contemporain aprés deux ans d’élaboration. Diane Labrosse et les six autres compositrices du Québec, de l’Ontario, du Manitoba et de la Colombie Britannique qu’elle a invitées se sont chacune inspirées d’une chanson de «la superMémé par excellence» (dixit Diane Labrosse) pour créer une pièce musicale avec des sonorités contemporaines.

Les Maringouins Fin Fin Bigaouette, Toujours l R-100, Le Sauvage du nord, Les Filles de campagne, Ça va venir et La Pitoune se sont donc trouvées rafraîchies et parfois joyeusement secouées par l’imagination et les références personnelles mises à profit par les compositrices. Les racines de ce spectacle remontent aux années 1920 et 1930, ses fruits ont la fraîcheur du sourire de Mary Travers (1894-1941) dite la Bolduc, d’après le nom de son mari. Sans le savoir, madame Bolduc a fait œuvre historique et ethnologiqùe. Le regard ironique et incisif qu’elle porte sur son monde et qui éclaire ses chansons (plus d’une centaine qu’elle appelait ses «chansons d’actualité») nous apprend à quoi pouvait ressembler le Québec de l’entre-deux-guerres. Née à Newport en Gaspésie, MaryTravers quitte sa famille à 13 ans pour venir gagner sa vie à Montréal. Comme elle sait chanter turluter, jouer du violon, de l’harmonica et de la bombarde on l’engage bientôt aux très populaires «Veillées du bon vieux temps» qui se tiennent au Monument national. Un premier 78 tours en 1927, et c’est la renommée, les tournées qui s’enchaînent. Le peuple est conquis mais, évidemment, une certaine élite résiste; le snobisme n’a pas d’âge. Se représente-t-on assez l’exploit? Une mère de 12 enfants qui proméne ses chansons de salle paroissiale en boîte de variétés, à une époque où les femmes n’avaient pas encore le droit de vote! Michel Garneau, qui assurait les liens entre les pièces, l’a présentée avec beaucoup de pertinence et avec tout le respect qu’elle mérite, insistant sur sa valeur en tant qu’artiste. «L’hommage de ce soir est bien agréable et parfaitement nécessaire» a-t-il affirmé au début de la soirée. Aujourd’hui, un groupe de femmes puise dans les mélodies de madame Bolduc, joue avec ses rythmes et traduit son style poétique et mélodique dans leur langue musicale personnelle. Avant elles, Charles Trenet, Clémence Des Rochers, Luc Plamondon, Plume Latraverse, pour ne citer que ceux-là, ont avoué s’être inspirés de cette phénoménale chansonnière et pionnière.

Elle peut être fière, Diane Labrosse; son idée donne lieu à un spectacle festif, ludique, plein d’accents étonnants, joyeux ou dramatiques, et qui a le mérite d’amalgamer le violon du terroir et l’échantillonneur. Il faut découvrir la beauté dépouillée de la chanson Le Sauvage du Nord qui devient Quitte pour quitte, selon Danielle Palardy Roger. Il faut voir-le sens que prennent les 7 Variations et thème sur La Pitoune de Marie Pelletier, avec son passage à la manière de Cold Song du King Arthur de Purcell! Et, après que Michel Garneau en ait rappelé les paroles, écouter Ça va venir qui devıent Découragez-nous pas cuisinée par Diane Labrosse.

SuperMicMac SuperMémé SuperMusique: une superveillée qui fait swinger les mémoires et les cœurs. Elle sera bientôt diffusée aux «Décrocheurs d’étoiles» à la deuxième chaine de la radio de Radio-Canada.