Thallus (2017)

Notes de programme

Qu’est-ce que les lichens ont à voir avec la musique? En parcourant la toundra, au cercle arctique, j’ai été frappé par la beauté et la complexité des communautés de lichens sous mes pieds. À bien des égards, elles me paraissaient comme une notation musicale naturelle que nous ne sommes plus capables de lire. Les lichens possèdent une structure, une communauté, des réseaux, et ils changent, soit dans le temps, soit d’un endroit à l’autre. Pendant des décennies, les scientifiques ont utilisé les lichens comme indicateurs environnementaux — des «capteurs» qui n’utilisent point de piles — pour mesurer les niveaux de pollution, de réchauffement et de refroidissement. J’ai décidé d’essayer de trouver ce que l’interprétation d’une pièce de musique peut offrir à un indicateur naturel comme le lichen, et de découvrir ce qui pourrait être révélé au sujet de l’environnement arctique par le même processus.

Thallus est un système de musique générative inspiré par les lichens du cercle arctique. Il fournit les moyens de “jouer” les différentes communautés de lichens sur lesquelles j’ai posé mes pieds dans le coin de Kilpisjärvi, dans le nord de la Laponie, en Finlande. Les partitions, créées spécifiquement pour chacun des interprètes, mélangent la notation traditionnelle avec des échantillons de spécimens de lichens originaires de cette région. Le principe de base de Thallus est celui de permettre une interprétation cohérente qui puisse favoriser des comparaisons sonores des différents types de lichen de l’Arctique, et, ceci faisant, de rendre compte des changements de l’environnement arctique à travers sa sonification. Traditionnellement, les partitions graphiques sont généralement associées à une lecture semi-improvisée de la part de l’interprète; une étude récente, par contre, fait état d’un désir plus poussé pour que le plus d’intégrité et de cohérence fassent partie de l’interprétation dans un contexte de partition graphique ou de sonification de données en provenance du monde naturel. À la recherche donc d’une plus grande cohérence et intégrité d’ensemble de la partition graphique, Thallus fait usage d’un cadre semi-structuré, dans lequel la partition, créé individuellement pour chaque interprète, tiens compte des suggestions de celui ou celle-ci.

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