Oiseaux d’ailleurs (2011)

Commande: Productions SuperMusique

Notes de programme

«Je suis un oiseau de terres étrangères / Je n’ai pas ma place dans ce pays», écrit Kabir, poète indien du 15e siècle. Ce pays dont il parle, c’est notre existence quotidienne. Observateur externe de la condition humaine, Kabir se moque de tous ceux qui cherchent le salut spirituel dans le respect des rites et des règles, des politesses et des idées, des théories et des idéologies. Selon lui, aucune chance de saisir le monde si on n’appréhende pas ce qui est élusif et sans forme. La vie est plus que la somme de ses descriptions et modèles. Et Kabir nous presse de comprendre où nous chercher réellement: «Le Seigneur est À L’INTÉRIEUR du corps, chante-t-il, écoutez-moi, mes frères chercheurs!»

«L’endroit n’est pas le nôtre / Nous n’avons pas plus choisi le moment», ainsi débute mon propre poème «To those born far away from home» (À ceux nés loin de leur patrie). Je l’ai composé à Paris, en 1997, lorsque j’ai heureusement compris que, dans le cadre de mon existence mondiale, entre toutes sortes de pays, d’idéologies, d’allégeances et de langues, je n’étais ni aussi seul ni aussi étrange que le nationalisme qui, encore aujourd’hui, règne sur nos sociétés, voulait me le faire croire. La vie des apatrides est peut-être plus fragile et sujette aux soudains revers de fortune, mais ils le savent et savent s’ajuster. Et ils sont capables de «chérir chaque caresse passagère», puisqu’ils ne sentent jamais en avoir le droit.

Ces deux poèmes forment le noyau de ma composition. Ils se transforment en une carte sonore, une carte telle que la dessineraient des oiseaux ou des accros de l’iPod, avec des fragments musicaux à la place des notes, et une kyrielle de symboles mystérieux. Les musiciens lisent cette carte avec leurs oreilles et l’explorent des yeux. Et une fois ses symboles et ses sons absorbés, ils lèvent la tête et utilisent leur corps et leurs instruments pour chanter. Ils forment un seul groupe; pourtant, sur scène, ils deviennent étrangers les uns aux autres, encore et encore: ils écoutent des voix dans leurs casques, des sons venus d’un autre pays. Quelle musique en font-ils?

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