Joane Hétu: Joker: Les lucioles

FIMAV 2019
  • dimanche 19 mai 2019
    20h00
Le Carré 150
150, rue Notre-Dame Est – Victoriaville (Québec)
Et la lumière des lucioles jaillira au milieu de mondes inouïs de phonétiques et de mots se soulevant entre bruissements et chuintements.

La chorale bruitiste Joker, fondée en 2012 par Joane Hétu, présente sa dernière création Les lucioles. L’œuvre est diffusée en première mondiale au Festival International de Musique actuelle de Victoriaville (FIMAV).

Assumant la direction artistique de la pièce, Joane Hétu s’est associée à Jean Derome et Danielle Palardy Roger pour la composition de l’œuvre. Tous trois font partie du chœur et s’en partagent aussi la direction. Ils sont entourés de 17 fameux vocalistes issus de la collectivité montréalaise d’instrumentistes, chanteurs, danseurs et comédiens, qui ont tous en commun une frénésie de s’exprimer par les sons de la voix.

Les lucioles est un conte échevelé élaboré à partir du pouvoir qu’ont les mouches à feu d’émettre de la lumière la nuit au début de l’été. Telles de petites braises dansant dans les ténèbres, depuis longtemps, elles ont nourri l’imaginaire des poètes. La lueur fantomatique de la luciole évoque l’évanescence de la vie; de notre vie, qui, comme la beauté, n’est qu’une lueur fugitive dans la nuit du temps. Borges a écrit: «Est-elle un empire la lumière qui s’éteint ou une luciole?». Pasolini a associé la luciole à la résistance: une fragile lueur luttant contre l’éclat aveuglant du pouvoir.

Les lucioles de Hétu, Derome, Roger nous apparaît ainsi comme une allégorie sur l’espoir dans un monde sans cesse menacé par l’obscurantisme, les simulacres du pouvoir, la bêtise financière et le chaos des États. Ombres menaçantes et lumières éclatantes se suivent. Comment s’y retrouve-t-on parmi les ténèbres qui nous entourent? Utilisant la gestuelle de direction propre aux musiques improvisées, les trois compositeurs mènent le chœur à travers les nombreux mouvements et dédales de la pièce. Et la lumière des lucioles jaillira au milieu de mondes inouïs de phonétiques et de mots se soulevant entre bruissements et chuintements.

Les lucioles est une audacieuse œuvre-collage, un jeu d’écriture collective où l’on sent la complicité des compositeurs. Et quoiqu’on y sente les influences de chacun il demeure, en filigrane, l’essence créatrice de Joane Hétu.

Participants

La presse en parle

Review

Mike Chamberlain, All About Jazz, 25 mai 2019

Joane Hétu has been an important person in Montréal’s very active experimental music community for over thirty years, with a respectable list of recordings and frequent performances of ambitious works. Her ensemble Joker is a “noise choir” that she uses to explore the possibilities of the human voice. The performance at 8 o’clock Sunday evening was a world premiere of a piece titled Les Lucioles, in which Hétu “plays” her ensemble, choreographed in their movements and gestures and sounds. This is an ambitious work, requiring the utmost of precision and attention to detail, and while I do not know exactly what it was about — and maybe it wasn’t supposed to be about anything other than what it was — this was a crowning achievement for Hétu.

This is an ambitious work, requiring the utmost of precision and attention to detail…

Critique

Marie-Eve Fortin-Laferrière, Le canal auditif, 24 mai 2019

Joane Hétu a fondé, en 2012, une chorale bruitiste nommée Joker. Les lucioles est le titre du plus récent spectacle de cette chorale dirigée par trois chefs se relayant tour à tour: Joane Hétu, Danielle Palardy Roger et Jean Derome.

20 personnes font partie de l’ensemble et incarnent divers rôles tout au long du spectacle. La scène d’ouverture nous les présente en une masse très compacte. Chacun est muni d’un dispositif sonore couvert de voyants lumineux clignotants, une évocation des lucioles sous forme de lumière synthétique. Joane Hétu, première à diriger la chorale, guide le groupe dans ses mouvements et orchestre les éclats sortant des bouches et des gorges de ses membres qui, ensemble, forment un grouillant instrument à voix. Si la formule à trois chefs peut sembler très hiérarchique au premier abord (on se demande au début si chacun des membres de la chorale aura le privilège d’accéder à la direction et d’exprimer sa sensibilité artistique), on constate assez rapidement que les membres ont de l’espace pour s’exprimer hors de l’homogénéité du groupe exécutant les consignes. Ce contraste, entre la chorale qui puise sa force dans l’univocité et un interprète qui se détache du corps docile pour marteler le sol de façon incongrue, hurler de façon libre ou s’inquiéter dans une langue étrangère est salutaire et rassurant: certains résistent encore et déjouent. Aussi, les trois chefs se relaient et dirigent l’ensemble vocal selon leur propre sensibilité, pendant un certain temps, mais réintègrent la chorale lorsqu’ils ne sont pas à la tête du groupe. Le public se retrouve donc devant des vignettes aux couleurs fort différentes, et l’alternance des trois visions crée une œuvre divisée en mouvements singuliers.

Un moment fort du spectacle se produit lorsque les membres de la chorale sont invités, d’un geste, à exprimer leurs voix les plus monstrueuses, une demande qui ouvre la porte à une certaine perte de contrôle. Cette représentation de l’horreur balisée dans le temps, proférée à pleins poumons ou sous forme de grognements et de borborygmes incontrôlés, mais tue d’un seul geste, témoigne bien de la tension qui découle de l’expressivité dans un système construit. Les chanteurs et non-chanteurs recrutés pour ce spectacle sont des lucioles qui doivent s’allumer et s’éteindre sur commande, mais dont les déviations, numéros solos et errances évoquent le fait qu’heureusement, ça ne fonctionne pas toujours comme prévu. Mention spéciale aux apartés de danse de Catherine Tardif qui offraient un superbe contrepoint de poésie corporelle libre et mouvante, aux chants décalés d’Alexandre St-Onge et à l’inquiétante litanie en Japonais de Maya Kuroki.

Le public se retrouve donc devant des vignettes aux couleurs fort différentes, et l’alternance des trois visions crée une œuvre divisée en mouvements singuliers.

Review

Irwin Block, Avant Music News, 20 mai 2019

The controversy arose in the mixed reaction to a noise choir outing programmed by Montréal improviser Joane Hétu and Joker, entitled Les Lucioles, or The Fireflies. Its 20 choristers were dressed to resemble fireflies and carried lights in their initial entry and final exits. Movement was choreographed, like in a piece of theatre. It is based on music and words by Hétu, Jean Derome, Danielle Palardy Roger, all pioneers and stalwarts of the Montréal improv scene. I picked up the on the word Revolution in the meandering dialogue, and the idea that the fireflies’ light contrasts with darkness in the world. As a metaphor, it did not engage me, but the acked audience gave the performance a standing ovation.

… the acked audience gave the performance a standing ovation.

Review

Eric Hill, Exclaim!, 20 mai 2019

As a musician, organizer, label boss and all-around local hero for decades, Joane Hétu has a deep, deep Rolodex. The contact list came in handy, as she assembled a 20-piece vocal choir at FIMAV. Composed and conducted by Hétu, alongside Danielle Palardy Roger and Jean Derome, Joker was part dramatic presentation, part group exercise, and perhaps the most artistic game of Simon Says ever. With participants in costume, and some “ringers” like Lori Freedman and Alexandre St-Onge armed with musical instruments, the principals directed the group in several rounds of glossolalia and controlled outbursts. There was an air of city council meeting gone wrong. Eventually aided by occasional explanatory lyrics in French and English, the core tale came into soft focus. Something about fireflies and the light between heaven and hell. It was very soft focus, but the verve with which the participants played out their parts carried the show. But questions about the semiotics of wearing stripes, polka dots and yellow accessories remain for a future instalment to explain.

Something about fireflies and the light between heaven and hell.

Critique

Alex, Mes enceintes font défaut, 20 mai 2019

Présentant pour la première fois son œuvre pluridisciplinaire Les Lucioles, l’ensemble Joker de Joane Hétu a offert une performance atypique dans la programmation des dernières années du FIMAV. Outre la performance musicale d’une vingtaine d’improvisatrices et improvisateurs surtout à la voix, Les Lucioles comportait également des costumes, des moments de danse contemporaine et du dialogue. Le résultat fut étonnant et surprenamment plus sombre musicalement que ce à quoi les têtes dirigeantes d’Ambiances Magnétiques nous ont habitués. Étant récemment tombé en amour avec les aspects plus psychotroniques de l’œuvre de Stockhausen, je ne pus m’empêcher de remarquer certains parallèles entre l’œuvre du compositeur allemand et les passages pour flûte, dialogues théâtraux, danse et musique électronique de Joker! Malgré certains aspects narratifs qui m’ont paru confus ou fastidieux, j’ai grandement apprécié la performance vocale de ce large groupe d’artistes montréalais ainsi que la place laissée à la relève musicale locale dont Maya Kuroki et Gabriel Dharmoo, deux interprètes qui se distinguent beaucoup ces temps-ci au sein de divers ensembles.

… j’ai grandement apprécié la performance vocale de ce large groupe d’artistes montréalais ainsi que la place laissée à la relève musicale locale…