Natura Sonoris

  • mercredi 29 avril 2009
    20h30
  • jeudi 30 avril 2009
    20h30
Laboratoire nouveaux médias – Oboro
4001, rue Berri #201
métro Mont-Royal
Carte blanche à Magali Babin, une commande spéciale de Productions SuperMusique en collaboration avec Oboro .

Natura Sonoris, une œuvre multimédia concoctée par la performeuse et artiste en arts sonores Magali Babin, autour des effets spéciaux sonores qui ont fait la marque des films d’épouvante. La musicienne s’est inspirée des timbres inouïs du compositeur polonais Krzysztof Penderecki (Natura Sonoris 1 et 2, Polymorphia), dont les musiques fourmillant de subtilités ont si bien servi le genre cinématographique (Shining et The Exorcist). Attention, tension!

Pour cette performance vivante et surprenante,Magali Babin, qui manipule les instruments électroniques et le métal amplifié, s’est entourée de sa comparse électro Myléna Bergeron, avec qui elle a composé la musique de Natura Sonoris. Ensemble, elles amplifient, transforment et traitent le son de leur lutherie acoustique et numérique en temps réel. Jouant habilement avec la tension, elles font surgir des atmosphères angoissantes dignes des films d’horreur. En interaction constante avec la musique, le cinéaste Karl Lemieux projette ses images animées en noir et blanc, tout en gravant sur sa pellicule 16 mm. Le duo L’Œil de verre (Carl Fortin et Jean-Benoit Pouliot) bascule quant à lui dans la couleur, maniant matières et lumières via ses rétroprojecteurs trafiqués, pour faire apparaître de furtifs tableaux lumineux déformés.Du véritable Ciné Free Son!

La presse en parle

L’ingénieuse du son

André Ducharme, L’actualité, 1 mai 2009

Sous forme d’abécédaire, portrait de Magali Babin par elle-même: «Abat-jour, braise, cap de roue, dents, eau, filles, grenouilles, housse, ipéca, jambes, k7, lave-glace, marche, neige, os, peau, quincaillerie, radio, salive, tissus, utérus, viande, watt, xylophone, yeuse, zinc.» Quand on lui demande un profil plus prosaïque, la bricoleuse de son répond qu’elle a 41 ans, deux enfants, et qu’à 17 ans elle jouait de la guitare électrique dans un groupe de filles.

Toutes les activités — composition, improvisation, bruitisme — de cette artiste visuelle formée à l’UQAM se ramassent sous la même enseigne: l’art audio. «Je cueille les sons, les compile, les trafique, j’en fais des paysages sonores ou des pièces musicales.» Un disque solo en témoigne: Chemin de fer, ainsi que des participations à une dizaine de compilations. Des titres évocateurs, tels L’organe finit par s’endormir et Pluie de homards. L’artiste se produit aux États-Unis et en Europe.

Quand elle part donner un spectacle, elle traîne sa «petite quincaillerie» remplie d’objets hétéroclites en métal, dont les microcontacts augmentent la résonance. Magali joue de la casserole, de l’écumoire, du collier, du papier d’alu, des aliments, même. «La première fois que mon fils m’a vue en concert, je jouais… du poil de jambe. Un micro que l’on frotte sur le duvet d’une jambe ou sur une barbe naissante donne un son très joli.» Rien ne passionne davantage la collectionneuse que les borborygmes d’un conduit, les craquements d’un plancher, le chuchotis de l’herbe qui pousse. «J’ai acquis une sensibilité aux sons qu’on oublie d’écouter. Les gens qui se promènent avec leur baladeur se privent d’un monde formidable de sons, de sens.»

Parlant de sens, elle travaille depuis 2006 à une recherche: Bruits de fond.

En sept endroits du fleuve Saint-Laurent, entre Montréal et Percé, elle a plongé des hydrophones aux propriétés acoustiques diverses, de manière à recueillir les«propos» de notre fond marin. À partir de cette matière brute et organique, riche en fréquences, en timbres et en textures, elle a composé sept pièces. Écoutez-les: lenomdelachose.org/excavationsonore. Étonnement garanti.

Comme devrait surprendre le prochain concert de Magali Babin et de ses amis. Il y aura des bidules électroniques, des instruments acoustiques (mini-harpe, mandoline, pianos-jouets), du métal amplifié… et des frissons, si affinités avec le thème de la soirée: «La musique et les bruits de films d’horreur». L’affaire est entendue.

Étonnement garanti.

Magali Babin: sons d’épouvante pour images d’horreur

Alain Brunet, La Presse, 29 avril 2009

Productions SuperMusique présente Natura Sonoris, un concept multimédia de Magali Babin érigé autour de sons et musiques typiques des films d’épouvante. Plus particulièrement, la musicienne et designer sonore s’est inspirée d’œuvres du compositeur polonais Krzysztof Penderecki, qui a contribué à nous faire frémir entre autres dans The Shining et The Exorcist.

Magali Babin vient du punk. À la fin des années 80, elle faisait partie des Nytroglycérines, farouches amazones qui s’affairaient à organiser des sons radicaux pour ne pas dire violents, et ce, en excluant toute technique «normale». Un jour, la musicienne s’est mise à déconstruire sa guitare pour s’intéresser aux micros intégrés qui en amplifient le son. Ce fut le point de départ d’une longue trajectoire.

«Apparemment, je fais de la musique actuelle. Enfin… c’est ainsi qu’on la nomme au Québec. Je ne suis pas très à cheval sur les étiquettes, je laisse les autres les déterminer.»

Plus précisément, le travail de Magali Babin se fonde sur un jeu de captation, d’amplification et d’interactions des sons. Ces derniers sont générés par une pléthore d’objets au moyen de micros contacts et de procédés électroniques. Cette approche traverse ses performances, compositions et recherches sur les sons environnementaux. Elle agit seule, en trio (Mineminemine), avec le [Quatuor de tourne-disques] de Martin Tétreault, en «géographie variable» (Nocinéma.org) ou en tandem avec Myléna Bergeron pour mener à bien le projet Natura Sonoris.

Depuis 2006, Magali Babin mène une recherche des plus singulières: elle a entrepris de créer des hydrophones, c’est-à-dire des microphones amphibies qu’elle a carrément plongés dans le fleuve Saint-Laurent. De Montréal à Percé, elle s’est installée au bout de sept quais des villes et des villages en bordure du fleuve pour ainsi récolter différents sons aquatiques. De l’eau douce et tempérée à l’eau froide et salée, à proximité urbaine ou rurale, elle a ainsi trempé ses micros pour ensuite procéder au traitement de ces ambiances abyssales. Ainsi vogue le projet… Bruits de fond!

Voyez le genre? Vous vous trompez peut-être déjà: Magali Babin est aussi une mère de famille qui semble mener une vie heureuse avec ses deux enfants et leur papa… et qui se remue vigoureusement les méninges dans le sous-sol d’un joli triplex du quartier Villeray.

Et voici Natura Sonoris, carte blanche des Productions Super Musique accordée à Magali Babin. Elle explique sa démarche qu’elle partage avec Myléna Bergeron dans ce contexte multimédia: «J’ai toujours eu envie de faire de la musique ou du «sound design» pour les films d’horreur. J’aime assez ce genre cinématographique, je suis d’autant plus attirée par les bruits et la musique qui génèrent les sentiments de tension ou d’angoisse. Parfois, la musique y appelle l’action. Parfois, les seuls bruits préfigurent ce qui va se passer.

«Les musiques de film d’horreur, il y en a de très belles dont celles de Penderecki pour The Shining et The Exorcist. L’apport des cordes dans ces œuvres m’a fascinée, notamment l’usage du glissando. Ça m’a motivée à utiliser des instruments à cordes, mais à ma manière. En plus de chanter, Myléna jouera donc de la mandoline, des instruments-jouets et autres objets qui produisent des sons et de la musique — lampe, pelures d’oignon, etc. Malgré nos dispositifs électroniques, nous avons tenu à maintenir une présence physique dans ce spectacle, même si la place est surtout accordée aux artistes visuels.»

On comprendra que ces musiques jouées en temps réel seront en interaction avec le travail du cinéaste Karl Lemieux, qui projettera ses images en noir et blanc, tout en gravant sur la pellicule 16 mm. Qui plus est, le duo L’Œil de verre (Carl Fortin et Jean-Benoit Pouliot) répandra de la couleur dans l’environnement, au moyen de rétroprojecteurs trafiqués.

Ne nous reste qu’à frémir…

Un jour, la musicienne s’est mise à déconstruire sa guitare pour s’intéresser aux micros intégrés qui en amplifient le son. Ce fut le point de départ d’une longue trajectoire.

Magali Babin et Natura Sonoris: la musique du risque

Patrick Gauthier, Rue Frontenac, 25 avril 2009

Nos oreilles sont constamment sollicitées. La musique, jadis chose sacrée, peine aujourd’hui à se démarquer dans la tonitruance du paysage sonore. Avec Natura Sonoris, Magali Babin veut nous faire redécouvrir le pouvoir évocateur des sons.

Dans un local habituellement occupé par une troupe de théâtre, à l’extrémité est du Quartier chinois, cinq artistes s’apprêtent à exécuter un rituel. Un très étrange rituel si l’on en juge le contenu des nombreuses valises qu’on s’affaire à vider: bulle de plastique, rétroprojecteurs «gossés» en bois, ressorts, objets de verre de toutes tailles et couleurs, instruments jouets traficotés, vieux projecteurs qui semblent sortir tout droit d’une vente de garage, archets et autres cossins… Même un sac rempli de pelures d’oignons se retrouve sur la table, parmi les ordinateurs portables.

Cette bande de joyeux lurons, c’est l’artiste sonore Magali Babin qui l’a montée. Et l’étrange rituel qu’elle, Myléna Bergeron, Carl Fortin et Jean-Benoit Pouliot du duo L’Œil de verre, ainsi que Karl Lemieux s’apprêtent à exécuter s’intitule Natura Sonoris, expérience aux limites de l’horreur, en sons et images. Bienvenue dans le merveilleux et fascinant monde de la musique actuelle!

Un monde qui fait peur, parfois. L’auteur de ces lignes, qui a pourtant rencontré David Bowie (ce n’est pas pour me vanter mais j’avoue que ça se place bien dans une conversation, même en ligne) a plus d’appréhensions à l’idée d’interviewer des artistes de musique actuelle que des légendes du rock. Un sentiment qui serait assez partagé, selon Magali Babin.

«Plusieurs de mes amis, des gars rock’n’roll, me trouvent trop sérieuse, intellectuelle», dit justement la jeune femme.

Transgresser les règles

Pourtant, la musique actuelle, pour peu qu’on y plonge, étonne par son côté ludique, son désir de trangresser les règles et, ainsi, son accessibilité. Comme Magali Babin le dira au cours de l’entrevue accordée à RueFrontenac, on est en face de «la musique du risque» .

Un risque qui amène toutefois son lot de responsabilités, estime pour sa part Myléna Bergeron, sœur sonore de miss Babin dans ce projet. «Dans le rock, les musiciens travaillent avec des formes qui existent déjà. Nous avons beaucoup plus de liberté, mais également plus de responsabilités.»

Heureusement pour ceux qui iront à la salle de l’Oboro mercredi et jeudi, ces formes et responsabilités deviendront de pures considérations académiques dès que Magali et ses amis s’installeront qui derrière son projecteur, qui derrière son portable, qui derrière ses instruments trafiqués. À cet instant, ce sera le simple désir de la découverte et de l’émerveillement qui primera.

La trame sonore d’un film qui n’existe pas

Quand on demande à Magali Babin de nous décrire Natura Sonoris, elle répond: «C’est la trame sonore d’un film qui n’existe pas.»

La référence au cinéma n’est pas fortuite, loin s’en faut. Magali Babin s’est inspirée de la musique de Krzysztof Penderecki, créateur entre autres des bandes sonores des films The Exorcist et The Shining, pour composer, avec Myléna Bergeron, la musique de Natura Sonoris. Et l’idée même du spectacle est née dans une salle de cinéma.

«J’aime beaucoup les films d’horreur, de série B. J’ai toujours été tentée par le sound design, par les trames sonores, dit l’artiste. L’été passé, je suis allée voir un très mauvais film d’horreur. C’était tellement plate que j’ai décidé de l’écouter les yeux fermés. La trame sonore aussi était mauvaise mais on sentait les émotions que les différents morceaux étaient censés annoncer et j’ai pu me construire mon propre film.»

Avec Natura Sonoris, elle cherchera à créer la même chose, à redonner aux sons et à la musique leur puissance intrinsèque. Sauf que les spectateurs seront invités à garder l’oeil ouvert, et même les deux. Car si le germe de base de Natura Sonoris est principalement musical, l’idée d’ajouter des images au spectacle s’est rapidement imposée. «Mais je ne voulais pas du visuel de films d’horreur», précise Magali Babin.

Entrent donc en scène L’Œil de verre, duo de projectionnistes qui triturent les images, et Karl Lemieux, cinéaste de l’invention. Les premiers se servent de rétroprojecteurs mais remplacent les acétates habituels par des objets et des filtres de toutes sortes. Le second se sert de vieux projecteurs pour passer des images en boucle sur de la pellicule qu’il trafique à l’occasion.

Intriguant, tout ça? Invitant, en fait, pour quiconque aime s’aventurer en terrain inconnu. Et puis, «qui n’aime pas avoir peur?», demande Magali Babin en guise de conclusion.

Natura Sonoris est le résultat d’une carte blanche de Productions SuperMusique offerte à Magali Babin dans le cadre de la 29e saison de l’organisme, qui présente le travail de jeunes artistes en arts sonores.

Intriguant, tout ça? Invitant, en fait, pour quiconque aime s’aventurer en terrain inconnu.