Geneviève Letarte: Chansons d’un jour

  • jeudi 3 mai 2001
Le Studio – Musée Juste pour rire
2111, boulevard Saint-Laurent (angle Sherbrooke Est)
métro Saint-Laurent + autobus 55 Nord
  • vendredi 4 mai 2001
Le Studio – Musée Juste pour rire
2111, boulevard Saint-Laurent (angle Sherbrooke Est)
métro Saint-Laurent + autobus 55 Nord

Simples et mélodieuses, les Chansons d’un jour de Geneviève Letarte sont à la fois actuelles et accessibles. Portées par la voix de l’auteur, elles nous transportent dans des atmosphères enveloppantes aux accents parfois nostalgiques, pour nous parler d’amour et de contemplation, de quête et d’étrangeté, des petites et grandes absurdités de l’existence.

La presse en parle

Invitation au voyage

Solange Lévesque, Le Devoir, 7 mai 2001

Le public montréalais qui apprécie la poésie et la musique aura connu un printemps faste Jusqu’au 5 mai, Carmen Jolin faisait revivre des poèmes oubliés ou moins connus de grands auteurs avec sa Parade sauvage au théâtre Prospero. Jeudi et vendredi dernier (deux soirs seulement, c’est vraiment trop peu), Geneviève Letarte présentait ses Chansons d’un jour au Studio Juste pour rire. Bien que très différentes, ces deux artistes ont en commun la rigueur et la sincérité d’une démarche sans compromis axée sur une volonté d’écarter les clichés et d’échapper aux étiquettes. La recherche d’une vérité et la découverte du sens, qui est de plus en plus étouffé par une logique marchande sous les impératifs de ce qui est maintenant convenu d’appeler «I’industrie» de la chanson, de la culture, etc., (on ne se questionne pas suffisamment sur les implications d’une telle appellation), sont à la source de leur travail.

Reniant les apprêts, vêtue d’une petite robe noire classique, Geneviève Letarte entre en scène et, après un salut amical aux spectateurs, elle entame le voyage auquel elle les invite. Un voyage parmi les événements fondateurs d’une vie avec au premier plan: les amours, les ruptures, le souci de la rencontre. Dans ce périple, les sonorités musicales trés riches et résolument contemporaines (ses musiciens sont tous des créateurs) ne dédaignent pas différentes sources ethniques. De concert avec les allitérations et jeux vocaux de l’interprète elles contribuent à nous emmener sur plusieurs continents de la planète. Les thèmes des chansons explorent les continents plus verticaux de la vie intérieure. «Ça ressemble à quoi le bout du monde/Si ça goûte pas comme le sel sur ta peau/Ça ressemble à quoi la terre promise/Si ça brûle pas comme le soir dans tes yeux». Les thèmes plus marquants chez Geneviève Letarte ne se sont jamais démentis depuis ses tout premiers spectacles de l’artiste originale qu’elle est; ils se rattachent au mouvement constant d’une ouverture sur le monde, avec le désir planté au milieu: «Moi je cherche la clé qui m’ouvrira le monde/Moi je cherche la phrase qui me mènera vers toi» chante-t-elle dans Contemplation. Ces vers reviendront en leitmotiv à la seconde partie du spectacle dans Moi je cherche.

Plusieurs textes témoignent d’une conscience aiguë, parfois douloureuse mais toujours active et féconde des injustices dont une grande partie des habitants de la planète ont à souffrir (Toutes ces larmes), les femmes en particulier. Geneviève Letarte chante, mais surtout, elle interpelle, elle raconte, elle psalmodie et elle en appelle à l’humanité tout en proférant son hommage à la vie (qui adopte parfois le Iyrisme d’une complainte) avec une sensualité qui est en soi, un don. «On dit que la planète se réchauffe de plus en plus; pourquoi faut-il que les gens deviennent de plus en plus froid?», se demande-t-elle dans Liberté. A des observations parfois très ténues empruntées à la vie quotidienne et qui amalgament le trivial et le sublime, elle sait conférer une portée universelle (Le journal, Ce matin à la banque). Son spectacle fait appel à l’intelligence et à la sensibilité, c’est à dire à l’authenticité.

Geneviève Letarte est aussi l’auteur de quatre romans. Et comme Carmen Jolin et Nathalie Derome l’ont fait à partir de leur spectacle respectif, elle vient d’en registrer un CD intitulé d’aprés le spectacle Chansons d’un jour, sur lequel on trouve 10 chansons qui respirent la vie.

Chansons vives

Ici Montréal, no 4:31, 26 avril 2001

Geneviève Letarte s’apprête à mettre «en scène» ses mots coulés en chansons. Chanter, c’est l’un de ses métiers. Parce qu’elle est aussi performeuse et, plus que tout, écrivaine. Elle est d’ailleurs entre deux romans, comme on est entre deux eaux, entre deux mondes. Chansons, textes et poèmes vont se partager la vedette et s’égrener tout au long de ces deux soirées de mai. Les musiciens qui l’entourent sur l’album Chansons d’un jour, paru cet automne sur l’étiquette Ambiances Magnétiques, seront à ses côtés sur les planches du Studio Juste pour rire. Claude Fradette à la guitare (il est coréalisateur de l’album), Normand Guilbeoult à la contrebasse, Pierre Tanguay à la batterie et Serge Boisvert à la trompette.

Avec cette mazette de belle équipe, la musique est véritablement au service du texte mais n’est cependant pas conçue comme un simple accompagnement: «Les pièces se font écho les unes les autres. En spectacle, on sent comment un poème donne encore plus de sens à une chanson, comment un poème prend encore plus de sens avec la chanson qui l’a précédé, souligne Letarte. La musique a sa propre vie, elle doit se développer. L’album, c’est la base, et on part de ce matériel pour voir comment ça va se transformer. Il faut trouver sa place entre la liberté et la rigueur», renchérit-elle. Petites valses, chansans douces et trompette bleue seront au rendez-vous.

Clair-obscur

Frédéric Boudreault, Voir, no 15,17, 26 avril 2001

On l’a vue à quelques reprises sur des scènes montréalaises, mais sur disque, elle s’est longtemps fait attendre. Dix ans après Vous seriez un ange, l’écrivaine-poète-chanteuse Geneviève Letarte est finalement de retour avec un second opus, Chansons d’un jour, lancé l’automne dernier. Bien entourée par ses complices Claude Fradette à la guitare, Normand Guilbault à la contrebasse, Pierre Tanguay aux percussions et Serge Boisvert à la trompette, elle a concocté un album solide, tant sur le plan des paroles que des arrangements. Et, étonnamment, le résultat est très joyeux, la musique faisant souvent contrepoids à la lourdeur de certains textes. Une constatation corroborée par la principale intéressée, rencontrée dans un café de l’avenue Bernard: "Il y a de la lumière qui entre là-dedans, il n’y a pas de noirceur. Même pour une chanson plus difficile comme Flou comme la nuit, ça reste lumineux."

Échelonnée sur dix ans, l’écriture des chansons s’est effectuée en deux temps principaux. En plus de reprendre les pièces qu’elle avait composées pour Le Café des aveugles de Carbone 14 et pour le sketch de Patricia Rozema dans Montréal vu par…, c’est un voyage d’écriture dans les Rocheuses, à Banff, qui lui a donné l’inspiration pour plusieurs textes de Chansons d’un jour, dont Je ne tremble plus ou Je marche. La présence des montagnes, de la nature, a fait ressortir un côté plus contemplatif à ces compositions. "Je voulais transmettre des émotions intérieures, des sensations, des états d’âme. L’autre album était plus social, il y avait une charge plus revendicatrice. Aujourd’hui, j’ai un regard plus posé sur les choses, je n’essaie plus d’envoyer des flèches."

Pour pousser à bout l’aventure de Chansons d’un jour, Geneviève Letarte montera sur les planches pour présenter ses nouvelles pièces, quelques autres inédites, et aussi des poèmes qui enroberont le tout. Sur scène, elle entend jouer avec les contrastes en proposant des textes plus noirs. "Tu vois, la poésie, ce n’est jamais complètement lumineux. Il y a toujours quelque chose qui se cache derrière les mots. La musique peut alléger le tout, et je veux susciter un contraste entre les deux", explique la chanteuse.

Cette volonté de rendre les choses plus simples, plus limpides, a aussi changé la manière dont Geneviève Letarte a conçu ce spectacle. Contrairement à ses autres prestations, elle offre cette fois-ci "un show de musique", pour reprendre ses propres termes. Il n’y aura donc pas de performance multimédia ou de grande mise en scène, juste de la musique, dans la continuité de son album.

Autre changement: la poète s’assume maintenant comme une chanteuse, une vraie. Cette prise de consciense a permis d’aérer les chansons, de laisser un peu plus d’espace à la musique. "Dans mes autres spectacles, le texte était plus chargé, plus volontaire. C’était la poète qui faisait des chansons. Cette fois-ci, je voulais quelque chose de plus dépouillé, parce que c’est dans l’état d’esprit dans lequel je me trouve en ce moment."

À quelques jours de la première, Geneviève Letarte ne savait pas encore comment tout cela allait sonner. Loin de s’en faire, elle préfère laisser la place à la surprise. Même si elle se dit terrorisée avant de monter sur scène, elle aime bien l’évolution que les pièces peuvent prendre en spectacle. "Je trouve ça très difficile de terminer un roman. La chanson, ça reste toujours ouvert quand il y a performance. Même si ça m’angoisse de monter sur scène, je pense à la liberté que je peux avoir."

Lancements

Jacques Garcia, SOCAN, Paroles & Musique, no 7:1, 1 avril 2001

Après une longue absence de 10 ans, l’écrivaine Geneviève Letarte remet son chapeau de chanteuse et nous offre ces Chansons d’un jour, dont elle a écrit les textes et la plupart des musiques, sur fond musical hybride. Côté paroles, l’album est décidément très fort et la vision lucide de l’artiste est drôlement bien amenée, ce qui devrait plaire grandement aux amateurs de chansons à textes. L’album se distingue aussi par son style résolument novateur et actuel.

Critique

Marie-Ève Belzile, Regards sur la ville, no 2:10-11, 27 octobre 2000

C’est la suite de Vous seriez un ange, 10 ans plus tard. La démarche de cette artiste ne peut être comparée en rien avec les tendances actuelles de la musique québécoise. Cette chanteuse signe, ici, les textes et la plupart des musiques. Tantôt sur fond de blues, de valse ou de tango, elle défile de sa voix claire parfois monocorde et saccadée ses dix nouvelles chansons dont les thèmes de l’amour de la contemplation et de l’étrangeté s’imposent. Ses textes révèlent le fait qu’elle est également écrivaine. Trois romans ont déjà été publiés dont Les Vertiges Molino en 1996. Ce disque déstabiiise. La voix et les textes prennent toute la place. La musique est murmurée. L’anglais et l’italien se mêlent au français dans une des chansons. Tout est une question de goût. Cet album ne lui ouvrira certainement pas la porte du succès populaire, cependant, il faut souligner le courage de cette artiste qui tente de s’imposer dans sa lignée bien à elle. Certains paroles réussissent tout de même à attirer l’attention comme dans la pièce Toutes ces larmes: «Toutes ces larmes qui n’ont pas été pleurées. Pour les territoires occupés. Les cités perverties. L’espoir craqué. Toutes ces larmes. Qui n’ont pas coulé. Dans la rougeur de l’aube. Dans la fureur du soir. Dans la maladie des arbres.»

Review

François Couture, AllMusic, 1 octobre 2000

It took Geneviève Letarte ten years to release a follow-up to her critically acclaimed debut CD Vous seriez un ange. Also a writer and multimedia conceptual artist, she decided to return to recorded music in 2000, delivering a strong second album entitled Chansons d’un jour (One Day Songs). This one sounds a lot more acoustic and natural, even though there are electric guitars and keyboards. Vous seriez un ange also had drum machines and a very late-’80s synthetic quality to it. Center stage, one finds the same voice, just a little cold and detached enough to give it haunting colors, and poetic lyrics (in French, partly translated in the booklet). The music, co-written and arranged by guitarist Claude Fradette, is simpler than on the previous album: exit the disquieting moods of René Lussier’s “Iceberg” or the odd beats of Michel F Côté. Vous seriez un ange, while being popper than most of Ambiances magnétiques’ production, retained something of the label’s sound. This is not the case on Chansons d’un jour, although it doesn’t translate into a mainstream album, if only for Letarte’s very personal singing style and use of foreign and invented languages. A lot of care has been put into textures, dreamy moods, an almost jazzy touch here and there (thanks mostly to Serge Boisvert’s trumpet). Everything is pledged to Letarte’s voice. More accessible than 98% of the Ambiances magnétiques catalogue, Chansons d’un jour offers a beautiful piece of intelligent pop music.

Chansons d’un Jour offers a beautiful piece of intelligent pop music.

Disques

Nicolas Tittley, Voir, 28 septembre 2000

Dix ans apres l’étonnant Vous seriez un ange, l’écrivaine-performeuse-chanteuse Geneviève Letarte effectue un retour bienvenue sur disque et brasse à nouveau le cocotier de la chanson. Si elle privilégie encore un style parlé-chanté, en dix ans de performances, la voix de Letarte a cependant pns une assurance évidente, qui lui permet même d’effectuer sans gêne quelques scats. Musicalement, on nage entre blues dénudé et folk actuel, avec quelques pointes plus rythmées. Encore une fois, Letarte s’est entourée d’habitués de l’écurie Ambiances magnétiques, parmi lesquels le guitariste Claude Fradette occupe un rôle de premier plan. Les musiques, aériennes mais soutenues, servent d’écrin idéal à un langage poétique tantôt trés terre-à-terre tantôt mystique et envoûtant. 3.5/5

Dix ans après l’étonnant Vous seriez un ange, l’écrivaine-performeuse-chanteuse Geneviève Letarte effectue un retour bienvenu sur disque et brasse à nouveau le cocotier de la chanson. […] Les musiques, aériennes mais soutenues, servent d’écrin idéal à un langage poétique tantôt très terre-à-terre tantôt mystique et envoûtant.