Yves Daoust

  • Longueuil (Québec), 1946
  • Compositeur

Yves Daoust a suivi des études musicales classiques au Conservatoire de musique de Montréal en piano et en composition, les a poursuivies à Paris — en analyse et en composition avec Gilbert Amy — puis à Bourges, où il est stagiaire de 1973 à 75 au Groupe de musique expérimentale de Bourges (GMEB, connu depuis 1995 sous le nom d’Institut international de musique électroacoustique de Bourges (IMEB)).

Séduit par l’esthétique des compositeurs du Groupe et particulièrement influencé par le concept de «cinéma virtuel» si cher à Alain Savouret, il développe les prémisses de sa propre démarche électroacoustique dont ses deux premières œuvres indiquent bien les directions: Paris, les Grands-magasins (1976): sons tirés de l’environnement quotidien, captation de moments de vie (phonographie) —; et Quatuor (1979): relecture du patrimoine musical.

Yves Daoust restera en contact avec l’IMEB jusqu’à la déplorable fermeture de celui-ci en 2011. Plusieurs de ses œuvres ont été composées grâce à des commandes de l’Institut.

De 1976 à 79, Yves Daoust travaillera comme concepteur sonore à l’Office national du film du Canada (ONF). Puis, à partir de 1980, il enseignera aux Conservatoires de musique de Québec et de Montréal, où il développera un cursus de cinq années de composition électroacoustique. Il quitte le Conservatoire en 2011.

Parallèlement à son enseignement, il contribue au développement de la scène électroacoustique au Québec, notamment en participant très activement en 1978 à la fondation et au développement du premier organisme au pays voué à la promotion et à la diffusion de la musique électroacoustique, l’Association pour la création et la recherche électroacoustiques du Québec (ACREQ): inauguration de séries de concerts et événements électroacoustiques sur diverses scènes québécoises (salles officielles, espaces publics, musées…), contribution à la propagation en Amérique du Nord du concept de «projection sonore», investissement des ondes radiophoniques, participation aux tribunes internationales, développement par les membres de l’association de cursus pédagogiques dans les institutions québécoises de formation musicale professionnelle. L’organisme jouera un rôle prépondérant dans le développement de l’art électroacoustique au Québec et au Canada.

La musique dite mixte, où écriture instrumentale et électroacoustique tentent de faire bon ménage, constitue une dimension importante de l’œuvre de Daoust. Valse (1981), pour ensemble instrumental et support, marque le début d’une démarche d’écriture originale, où «nature» et «culture» se côtoient, dans des discours parallèles plutôt que fusionnels. Chorals ornés (2007-08, 09) s’inscrit dans cette esthétique du parallélisme. L’œuvre de Daoust est empreinte également d’une longue collaboration avec la compagnie Mimes Omnibus et son directeur Jean Asselin.

Considérant qu’il est impératif de s‘investir auprès des jeunes, Yves Daoust, depuis 2013, consacre la majeure partie de son activité à l’articulation d’une nouvelle approche de l’enseignement de la musique à l’école, fondée sur la créativité. Inspiré par le Gmébogosse, sorte de mini-studio portatif inventé et développé par le GMEB dans les années 70, il a développé avec une équipe de collaborateurs le Fonofone, application numérique intuitive et ludique de création musicale, adaptable à tous les niveaux scolaires.

En 2009, Yves Daoust a reçu le Prix Serge-Garant de la Fondation Émile-Nelligan, pour l’ensemble de son œuvre.

La presse en parle

Le parcours du compositeur Yves Daoust

Bernard Lamarche, Le Devoir, 28 février 2003

Le Musée d’art contemporain de Montréal accueille dimanche le compositeur Yves Daoust, lors de la journée inaugurale du nouveau festival Montréal/Nouvelles musiques. Le concert, Petite musique sentimentale, propose un parcours de la musique de l’électroacousticien entre 1984 et 2003. Deux réalités s’y rencontrent, celle des bruits ambiants, captés et remaniés sur bande, et celle des instrumentistes, en chair et en os.

Sur son disque Bruits, paru en 2001 sur l’étiquette empreintes DIGITALes, l’électroacousticien se réclame des influences de Cage, Xenakis, de Stockhausen, de Beethoven et Schumann, mais aussi de René Magritte. Un peintre au pays des compositeurs?

«Ce que j’aime chez lui, c’est l’usage du réel, mais transformé, qui devient surréel. Dans ses tableaux, une tour peut devenir une rue, une fenêtre est brisée, mais les morceaux de vitre, en tombant, entraînent le paysage.» Le lien entre le travail de Magritte et de Daoust vient de ce que les deux se nourrissent du réel. La musique de Daoust foisonne de sons tirés de la réalité: «mais je ne les utilise pas comme une carte postale, il ne s’agit pas de faire de la description sonore. Je les transporte dans un autre univers, pour leur faire signifier autre chose. Mais en même temps, il faut rappeler que c’est de l’illusion».

La musique de Daoust est en bonne partie portée par ces sons dits anecdotiques. Le programme de ce dimanche revient à une série Petite musique sentimentale, entamée en 1984. Majoritairement des pièces mixtes pour bandes et instrumentistes, la série de pièces retenues pour ce jour «joue sur l’artifice, la rhétorique. Elles sont théâtrales.» Par exemple, une flûtiste, sur scène, «des phrases issues de son répertoire, mais qu’on ne reconnaîtra pas trop, dont on reconnaîtra toutefois les couleurs, les affects.» Les sons fixés sur bande donneront un décors à ces prestations.

La plupart des pièces de cette série ont été commandées par des instrumentistes que Daoust connaissait et chez qui il a pu aller chercher des particularités dans leur jeu. Une de ces pièces, Impromptu (1995), inspirée de Chopin, fait passer Lorraine Vaillancourt du piano au clavier électronique. «Pour la musique de studio, je travaille de l’exploration de l’univers qui m’entoure, au sens large»: des oiseaux peuvent être entendus dans ces compositions, mais aussi des sirènes, ou des extraits documentaires, comme pour Ouverture, de 1989, avec ses références politiques nettes. «Si j’écris pour instruments, mes unités signifiantes seront le répertoire de l’instrumentiste, dont je me sers pour aller chercher des affects.»

Le professeur du Conservatoire de musique de Montréal concède que l’écriture de ces pièces reste «assez rude, brute», sans la recherche de structures ou de syntaxes usuelles. Par exemple, Solo, une des pièces composées pour cette série — une pièce pour cor seul, une rareté —, présente une partition où se succèdent des notes comme «énergique», «retenu», «agité», «élégant», «lyrique», «confortable», «lourd», «grandiloquent», etc.: «l’instrumentiste qui ne respecterait pas ça passe complètement à côté. La musique serait d’une platitude totale». Le corniste Louis-Philippe Marsolais, de l’Orchestre symphonique de Québec, saura à quoi s’en tenir, sur scène, dimanche: «Je le sors de l’orchestre, c’est comme s’il était nu, sur scène. Je lui fais jouer des choses dans un contexte complètement déchiré, complètement brisé». Différents climats sont à prévoir.