Danse OD

François Couture, Ici Montréal, November 13, 2003

L’ODD (L’Orchestre De Danse pour les intimes) est de retour avec un nouvel alignement et le feu aux entrailles pour brûler les planches de la Sala Rossa ce vendredi. Un groupe de party dont le seul objectif est de faire danser son public sur une musique improvisée, la créature du batteur Pierre Tanguay sort de l’ordinaire.

Réunissant des musiciens de la scène des musiques actuelles, le groupe ne répète pas, misant sur la spontanéité et une connaissance partagée des musiques de danse, de la valse jusqu’au funk. Tanguay, qui avec le temps est devenu l’organisateur en chef du groupe, explique: «Je prépare un ordre de styles, par exemple un funk puis une valse puis un rigodon. Je compte 1, 2, 3, 4 et ça part! Tout ce qu’ont les musiciens, c’est un style et un tempo.» Pour le reste, il s’agit pour ceux-ci de trouver la bonne tonalité en un temps record et de «sentir» venir les changements au bon moment. C’est le signal légendaire de James Brown: «Take it to the bridge!»

Et, dans le feu de l’action, on pense à James Brown, à Parliament ou à Fela Kuti, beaucoup plus qu’aux autres groupes de Tanguay et de Jean Derome. Ce dernier, saxophoniste, compositeur et pilier de la musique actuelle montréalaise, avoue que certains spectateurs éprouvent un choc. «Des gens qui connaissent mon travail d’improvisateur viennent me voir après un spectacle de l’ODD pour me dire: «Je ne savais pas que tu savais jouer de la musique…» C’est un peu désarmant!»

L’ODD a débuté en 1994 sous la forme d’un projet collectif. La première formation stable comprenait Tanguay, Derome, René Lussier, Rainer Wiens, Tom Walsh et DJ Pocket. La réputation du groupe s’est rapidement accrue par la force de l’enthousiasme et du bouche à oreille des danseurs. Après le départ de Lussier à la fin de la décennie go, les apparitions de l’ODD se sont espacées. En plus de participer à plusieurs soirées bénéfice organisées par François Gourd, le groupe s’est produit au festival de jazz de Guelph (Ontario) avec Fred Frith à la basse.

À Montréal, c’est Fred Fortin qui tenait ce rôle dernièrement. Mais début novembre le chanteur s’est soudain rendu compte que lui et son guitariste Olivier Langevin jouaient au Club Soda le 14. Rapide à rebondir, Tanguay s’est tourné vers le guitariste-caméléon Bernard Falaise et le bassiste Frédéric Boudreault, qu’on voit aux côtés d’Urbain Desbois et de Marie-Jo Thério et qui faisait déjà la première partie de l’ODD au sein du groupe The Fighting Koalas. Érick d’Orion sera responsable du côté électronique du son. Une des têtes de l’étiquette No Type et membre du duo bruitiste morceaux_de_machines, Dorion est la variable inconnue de ce nouvel alignement. «Érick, c’est un rasta de l’électronique, explique Tanguay. Il est vivant, il bouge et il rend l’électronique humaine.»

Et ce côté vivant, c’est la raison d’être de l’ODD. «Tout est dans le groove, selon Jean Derome. Un coup que quelqu’un danse, il peut absorber bien des choses.» Ce qui veut dire de la dissonance, de la déconstruction, de l’invention et beaucoup d’humour. Gros party en perspective!