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Solange Lévesque, Le Devoir, November 9, 2000

Sur les 90 musiciens qui participent au SuperMicMac, on trouve 76 compositrices contemporaines dont la plupart sont également interprètes. Un des mérites de ce creuset musical est de faire travailler ensemble des artistes qui ne se connaissaient pas. «Cette rencontre est touchante et révélatrice, remarque Marie Pelletier. Elle donne une visibilité à plusieurs créatrices venant de milieux musicaux fort différents, dont on ignore trop souvent l’existence.» France Castel juge qu’«il est important que les femmes éprouvent une solidarité et qu’elles aient la permission de s’exprimer SuperMicMac va justement à l’encontre des tabous qui isolent les différents genres artistiques».

Son œuvre met en présence deux figures emblématiques de la séduction: Carmen et Don Juan. L’auteur-compositrice était intriguée par ces deux personnages: pourquoi sont-ils si peu soucieux de la souffrance des autres et des conséquences de leurs actes? Elle a senti le besoin de retourner à leurs créateurs respectifs (Prosper Mémée et Tirso de Molina) pour tenter de saisir des éléments occultés susceptibles de tout expliquer. «Finalement, ce sont les écrits de la pschanalyste Alice Miller qui ont confirmé mon impressiont: le donjuanisme est une forme de réaction à une expérience vécue pendant la petite enfance. Cette découverte a changé le sens de la rencontre des deux séducteurs, qui est devenue peu à peu un plaidoyerpourl’enfant.»

Marie Pelletier a retenu la forme du talk-show: «C’est une formule très actuelle et un joli prétexte pour les mettre en présence. D’ailleurs, où ces deux-là auraient-ils pu se rencontrer, sinon là? La situation les confronte à leur désir de sauver les apparences et les met aux prises avec leur image.» France Castel explique que «le talk-show est une situation dangereuse où tout le monde prend des risques; de ce fait, elle permet beaucoup de théâtralité. L’animateur rêvait de recevoir Don Juan: celui-ci s’amène, et voilà qu’arrive aussi Carmen». L’auteur-compositeur a choisi une situation qui installe le théâtre dans le théâtre; par sa simple présence, le public est amené à jouer… le public. «Mais cela demeure du théâtre, avec des musiciens et un chef sur scène, ce qui est trés différent de la comédie musicale et de l’opéra», précise France Castel, qui met à profit la présence du chef Walter Boudreau dans sa mise en scène.

Pour donner un caractère réel aux deux monstres sacrés et pour les rendre actuels, Marie Pelletier a imaginé Don Juan en homme d’affaires et Carmen en écrivaine féministe. Avec son expérience de l’interprétation, France Castel a développé les personnages, en étayant leur histoire intime: «Il a les choses que l’interprète joue; il y en a d’autres qu’il porte en soi et ne joue pas: elles sont aussi importantes les unes que les autres, affirme-t-elle.