Concert

  • Sunday, October 3, 2021
    7:00 pm
  • Sorry, sold out
  • In person
Espace orange – Édifice Wilder – Espace danse
1435, rue de Bleury, 1er étage
métro Place-des-Arts
  • Tuesday, December 14, 2021
    7:23 pm
  • Online event
  • Wednesday, December 15 – Tuesday, 21, 2021
  • Online event
  • Tuesday, February 1 – Wednesday, August 31, 2022
  • Online event
  • Regular: $10.00
Inspiré du livre éponyme de Rober Racine

Présenté dans le cadre d’une Carte blanche à la musicienne Ida Toninato, ce concert marque avec éclat le début de la 41e saison de Productions SuperMusique.

Ce concert-collage conçu par Ida Toninato est inspiré du livre L’Atlas des films de Giotto (Les éditions du Boréal, 2015) de Rober Racine. Giotto, pilote d’avion, transporte pour le compte de la NASA des échantillons de sol lunaire vers des musées aux quatre coins du monde. Dans L’Atlas, il compile les résumés des 230 films visionnés au cours de ses voyages, dans cinquante-deux villes de douze pays répartis sur quatre continents, à l’intention de sa fille. Véritable mine de poésie et d’envoûtante inventivité si propre à Rober Racine, cet Atlas a en effet été l’étincelle et le point de départ du projet de Ida Toninato. Pour le réaliser, elle s’est entourée de trois autres compositeurs et de deux vidéastes. Ils ont choisi parmi les scénarios de L’Atlas de Rober Racine ceux qui les inspiraient le plus pour créer leurs propres images sonores, leurs musiques bien réelles…

Le concert présente quatre œuvres musicales reliées à l’image ou à la lumière: deux des créations, celle de Ida Toninato et du réalisateur Robin Pineda Gould ainsi que celle du compositeur Pierre-Luc Lecours et de la réalisatrice Myriam Boucher jumellent musique et projections vidéo.

Les deux autres œuvres au programme, celle des compositeurs Rémy Bélanger de Beauport et Gaëtan Gravel, fusionnent, de leur côté, avec les éclairages de Karine Gauthier.

Voilà quatre œuvres bien réelles qui explorent avec force les contours de la musique écrite et improvisée.

Les œuvres sont interprétées et exaltées par les excellents et incomparables instrumentistes de l’Ensemble SuperMusique.

Productions SuperMusique est membre du Vivier depuis 2007.

Une présentation de SuperMusique en coproduction avec Ida Toninato et Le Vivier.

In the press

Fragments musicaux de carnets de voyages interstellaires

Alexandra Tremblay, Spirale, November 18, 2021

L’Atlas des films de Giotto de Rober Racine recense 230 synopsis de films imaginaires comme autant de petits fever dreams. Les thèmes de l’absurdité, de la disparition, de l’ensauvagement et de la contemplation mystique relient de manière ténue tous ces fragments narratifs. Alors que le numérique amène de nouvelles expérimentations textuelles, L’Atlas fait s’interroger le lecteur: est-il devant une œuvre écrite par des bots qu’on aurait alimentés de synopsis de films de répertoire? C’est avec une impression similaire à celle qu’on aurait devant un tableau créé avec le programme DeepDream que j’ai assisté à L’Atlas des films de Giotto: Musiques réelles pour films imaginaires d’Ida Toninato et de ses collaborateurs.

L’interprétation musicale émotive du projet forme une bande sonore de musique actuelle pour des films inexistant. Elle demande au spectateur de se laisser glisser dans l’atmosphère sonore et vidéo que chaque compositeur développe autour d’une sélection de synopsis de Racine. Il est difficile pour moi de transcrire la charge émotive et intellectuelle d’un tel spectacle sous la forme d’une critique classique, linéaire. Je vais donc me servir de mon expérience sensible de spectatrice pour, à mon tour, adapter L’Atlas des films de Giotto: musiques réelles pour films imaginaires en prose.

Collier sélène de la Terre, Rémy Bélanger de Beauport

Nous commençons notre exploration de l’œuvre par le biais de l’univers sonore à la fois stellaire et sous-marin de Rémy Bélanger de Beauport. Tandis que l’instrumentation grave et sourde nous rappelle la pression auriculaire ressentie sous l’eau et les cornes de brume, les effets vocaux, les bruits gutturaux, les distorsions sont comme des bouillonnements aquatiques donnant l’impression d’être immergé.e.s. Le chant et la crécelle qui viennent s’ajouter nous amènent à nous imaginer au croisement, dont la science-fiction a le secret, entre la machine et l’organique à la HR Geiger.

Un sentiment oppressant, claustrophobique, nous rappelle le synopsis de Moonolithic. Ce dernier va nous suivre à travers les différentes pièces du spectacle, qui sont comme autant de tableaux représentant des planètes inquiétantes et familières. Ce sentiment est exacerbé par le rituel des musicien.ne.s devant nous. Ils.elles semblent disposé.e.s de manière à rappeler la ceinture de corps célestes qui donne son nom à la composition. Chacun.e joue une partition composée de symboles, qui est ensuite passée au.à la musicien.e de gauche.

La petite sphère, Pierre-Luc Lecours (musique) et Myriam Boucher (vidéo)

S’il faut prendre ces pièces de l’œuvre comme différents récits de navigation spatiale, la deuxième partie s’apparente aux explorations de l’Arctique du 19e siècle. Le caractère psychédélique des projections vidéo de Myriam Boucher, qui viennent s’ajouter à la musique évoquant le blizzard, peuvent rappeler les hallucinations provoquées par l’hypothermie des marins prisonniers de la banquise de l’expédition Franklin.

Inspirée du synopsis du même nom évoquant une histoire d’amour entre un vieux frigo et la banquise, «La petite sphère» évoque tour à tour le vent, les cris d’oiseaux étranges, la fracture puis la cristallisation de la cloche d’un bateau. Les projections de paysages désaturés sont concentrées en un cercle évoquant à la fois le hublot d’un vaisseau spatial, une planète et une tête prise de délires fiévreux alors que la musique se fait plus oppressante.

La pièce suit assez fidèlement la même progression narrative que dans le synopsis: l’histoire d’amour surréaliste, représentée par la douceur du vent, des chants d’oiseaux et la complainte de femme/loup-marin, laisse place à la violence de l’antagoniste (un four) illustrée par le glitch et la couleur fuchsia

Le rayon, Gaëtan Gravel

Nous continuons avec la synthèse de quatre des synopsis, dont celui du Bindi de cuir. Si Collier sélène de la Terre nous amenait dans des abysses extraterrestres, cette pièce pourrait en représenter la surface, suggérée par ce qui semble être des cris de goéland distordus. Dans cette instrumentation fantasmagorique, nous pouvons percevoir une sorte de narration dans la progression musicale. Son rythme rapide suggère d’abord la poursuite. Elle est suivie par une séquence plus statique. Le tuba vient alors gargouiller comme une baleine spatiale passant lourdement, l’œil mi-clos – un lointain rappel de la pièce de Remy Bélanger de Beauport. Sur scène, un rayon de lumière verte, divisé en plusieurs faisceaux, nous ramène, encore une fois, à un imaginaire de la science-fiction alors que grondent les tonnerres de la guitare électrique.

Les décerclés, Ida Toninato (musique) et Robin Pineda Gould (vidéo)

La dernière pièce du projet s’inspire du synopsis d’Encerclement, dont elle répète compulsivement la même scène. Le tableau, tout en contraste, nous amène à un autre niveau de compréhension de l’univers de l’œuvre, où l’anxiogène et l’étrangeté sont maintenant associés à des situations familières.

«Comment respirez-vous quand vous avez peur?», nous demande une voix grelottante, dont le souffle répond à la flute traversière.

Un diptyque oppose la moitié d’un visage de femme à des effets de pellicule surexposée puis fondante. Les émotions qui traversent le regard et la sensualité des corps sont comme matérialisés dans le médium filmique même. L’image, semble-t-il, n’est pas suffisante pour transmettre toute la profondeur psychologique de la narration, qui devra passer par la dégradation organique des matériaux.

Un sentiment d’inconfort lynchéen se construit. Les visages projetés, parfois pailletés d’or et de brûlures de cigarettes, font du spectateur un protagoniste impuissant face à ce qui pourrait être un party qui tourne mal. Dans le hors champ, suggéré par la musique, des visions de ce qui n’est pas supposé être vu semblent aussi faire écho au synopsis de Vitres. L’Atlas des films de Giotto: musiques réelles pour films imaginaires nous fait ainsi effectuer un dernier voyage, intérieur, qui nous rapproche de l’horreur. Cette dernière égale ou surpasse celle que nous inspirerait l’étrangeté d’autres planètes

Le concert-collage d’Ida Toninato est une adaptation étonnante, en pièces musicales, d’un texte dont il n’a été gardé, essentiellement, que les émotions fugaces et les constellations thématiques reliant les synopsis entre eux. Une source d’inspiration importante pour de futurs projets multidisciplinaires.

Une source d’inspiration importante pour de futurs projets multidisciplinaires.

L’Atlas des films de Giotto; quand l’art mue d’une forme à l’autre

Marianne Godbout, atuvu.ca, September 30, 2021

Entrevue avec la compositrice Ida Toninato à propos de la performance musique et vidéo L’Atlas des films de Giotto, inspirée du roman de Rober Racine, un concert présenté par Productions SuperMusique et Le Vivier dans le cadre de sa Saison Automne 2021.

Présenté ce dimanche 3 octobre à 19h00 au Vivier à l’Espace Orange de l’édifice Wilder, L’Atlas de films de Giotto est une réinterprétation en musique contemporaine, cinéma et lumière du roman éponyme de Rober Racine. Ida Toninato invite les compositeurs Gaëtan Gravel, Pierre-Luc Lecours et Rémy Bélanger de Beauport à s’inspirer du livre pour créer une représentation unique en collaboration avec les vidéastes Myriam Boucher et Robin Pineda Gould, ainsi que l’éclairagiste Karine Gauthier.

Giotto est pilote d’avion pour le compte de la NASA; il transporte vers différents musées du monde des échantillons lunaires rapportés par les missions Apollo. Visitant les cinémas au cours de ses voyages, il consigne à la demande de sa fille les synopsis et impressions que lui laissent les films qu’il y voit, se construisant un atlas cinématographique du monde.

Un roman composé de films imaginaires, répertoriés dans le détail, un exemple classique de l’œuvre de Rober Racine, qui aime jouer avec la langue et les formes. La musicienne Ida Toninato étant devenue l’amie de Rober après l’avoir rencontré à un concert il y plusieurs années, il lui prête l’atlas.

Je suis vraiment tombée en amour avec cette mine d’or d’imagination, de liens, de connexions, de personnages, de scènes, d’improbabilité.

S’installe en elle l’idée de prendre ce livre aux mille rencontres comme point de départ pour pousser encore plus loin la transgression des formes et composer, dans le réel, des musiques inspirées de ce concept unique.

Avec l’appui des productions SuperMusique, elle contacte des compositeurs aux visions variées, souhaitant que chacun s’approprie de manière très personnelle le concept de Rober Racine.

Collier sélène de la Terre

Rémi Bélanger de Beauport compose la première pièce du concert en se basant sur le concept global du livre. Jouant avec le métier de Giotto, il pense aux trajets de Giotto autour de la Terre, transportant des bouts de l’espace, comme une ceinture d’astéroïdes… ou un collier de lune.

Son travail c’est d’aller porter des échantillons de roche lunaire, donc il trace autour de la terre un collier de roches lunaires. Dans chaque ville qu’il visite c’est comme s’il déposait une perle géante.

Rémi est un improvisateur aguerri, un créateur inventif et audacieux qui compose en se mettant au défi. Il expérimente avec le son et se réapproprie le roman à sa manière pour créer le Collier sélène de la Terre.

Si tu lui demandais “j’aimerais que tu écrives une pièce pour trompette”, probablement que tu entendrais cette trompette sonner comme jamais une trompette n’a sonné sur la planète terre.

Rémi travaille avec l’éclairagiste Karine Gauthier, une passionnée de lumière ayant travaillé sur l’éclairage de divers concerts et pièces de théâtre, qui se prête ici au jeu en assistant à des répétitions avec les musiciens pour crér des éclairages uniques pour la pièce de Rémi Bélanger de Beauport, ainsi que pour la deuxième pièce du spectacle, Le Rayon, composé par Gaëtan Gravel.

Le rayon

C’est parce qu’elle sait que Gaëtan Gravel est un compositeur de musique de film d’expérience qu’Ida souhaite l’inviter à participer au spectacle. Celui-ci compose une trame musicale comme celles du cinéma en prenant diverses scènes tirées de l’Atlas, pour créer sa pièce.

J’ai lu ses différentes scènes et je les vois, j’arrive à les imaginer, c’est comme si on était à l’intérieur. On a vraiment cherché à représenter sonorement toutes les images qu’il nous donnait.

Gaëtan a composé plusieurs pièces pour la publicité, la télévision et le cinéma, entre autres dernièrement pour les films Souterrain (pour lequel il est nominé aux côtés du compositeur Patrice Dubuc pour la meilleure musique originale au gala Québec Cinéma) et Chien de garde, tous deux de la réalisatrice Sophie Dupuis. Il était important pour Ida d’impliquer des compositeurs aux parcours et aux visions variées, pour mettre à l’honneur la démarche créative et l’éventail de possibilités qu’offrait l’interprétation de L’Atlas de Giotto, et il était pour elle une évidence qu’un compositeur de musique de films fasse partie du projet.

La petite sphère

Pierre-Luc Lecours, qui compose la troisième partie du spectacle, compose autant avec l’instrumental que l’électronique. Autant dans ses recherches en musique (car il détient un doctorat qui lui a valu des bourses prestigieuses) que dans son travail en composition, il s’intéresse au décloisonnement des arts, par exemple en agençant électroacoustique et instrumental, mais aussi en s’intéressant à la performance et à la vidéo. De son côté, Pierre-Luc choisit de s’en tenir au synopsis de La petite sphère, qui l’accroche particulièrement. Il se joint à la cinéaste Myriam Boucher qui réalise alors un court film, plutôt collé au texte.

Il a fait un album ( Imaginary Landscape ) pour lequel il mélange clarinette basse, gramophone, synthétiseur, c’est magnifique. Il a une finesse d’écriture que j’aime vraiment beaucoup.

Myriam Boucher est une habituée des projets musicaux, elle-même compositrice en plus d’être vidéaste, ayant travaillé auparavant avec entre autres l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Ensemble contemporain de Montréal, et le Nouvel ensemble moderne. Ayant travaillé avec Pierre-Luc sur Imaginary Landscape, les deux artistes s’étaient déjà apprivoisés et étaient familiers avec leur démarche respective, ils ont donc choisi de travailler ensemble sur ce projet.

Les décerclés

La pièce d’Ida Toninato, qui clôt le spectacle, est créée en collaboration avec le vidéaste Robin Pineda Gould et s’articule autour de deux synopsis qui les avaient marqués, l’un à la suite de l’autre. Comme les deux synopsis comptaient chacun une scène d’explosion, ils ont donc concentré leur effort à recréer l’impression que leur laissait cette explosion.

Dans le film de Robin, le visage d’une femme est peint de lumières, la projection d’un film présentant des explosions.

On travaille sur un film qui n’existe pas encore, mais peut-être qu’il va exister, peut-être qu’il existe dans la tête de cette personne qui est en train de le voir et qu’on le voit à travers son regard.

Du côté d’Ida, c’est en embrassant cette thématique de chaos qu’elle choisit parmi les musiciens de l’Ensemble SuperMusique des improvisateurs en lesquelles elle a une grande confiance, issus de différents parcours, qu’il s’agisse de classique ou de punk-rock. Sa pièce est très ouverte, et laisse une grande liberté aux improvisateurs.

L’explosion avec eux ça coule vraiment de source. C’est des gens qui peuvent générer un espèce de magma sonore, une intensité de volume, de décibels, très fort et à la fois structuré, détaillé, fin.

L’Ensemble SuperMusique est un organisme à géométrie variable, et Ida a beaucoup de plaisir et de curiosité lors de la création de sa pièce, choisissant de se limiter à des gestuelles d’improvisation; c’est-à-dire que les grands mouvements de la pièce (plus fort, plus doux, plus rythmé, plus haché, etc) sont déterminés à l’avance avec une précision relative, mais que la place est là pour une certaine liberté d’interprétation chez les musiciens.

L’Atlas des films de Giotto est décidément un hommage à l’étincelle d’inspiration qu’une œuvre peut générer en nous, métabolisant une forme en une autre; le cinéma en un roman, la littérature en exploration musicale, la musique en vidéo, et qui sait ce que ce spectacle pourrait vous inspirer encore!

L’Atlas des films de Giotto est décidément un hommage à l’étincelle d’inspiration qu’une œuvre peut générer en nous, métabolisant une forme en une autre…