Nicolas Caloia: Les bonnes histoires

  • Jeudi 13 mars 2014
    20h30
Studio multimédia — Conservatoire
4750, avenue Henri-Julien
Des musiques de Nicolas Caloia sur des textes de Geneviève Letarte.

Nicolas Caloia, compositeur, contrebassiste et improvisateur bien connu de l’effervescente scène des musiques créatives de la métropole présente son nouvel projet Les bonnes histoires.

Avec le Ratchet Orchestra, son grand ensemble, et son quatuor Tilting, Nicolas Caloia nous a habitués à des musiques aux couleurs d’un jazz traditionnel, teinté d’une certaine coloration folklorique et de musique actuelle aux tonalités affirmées.

Voilà qu’aujourd’hui, avec Les bonnes histoires, il nous révèle une nouvelle facette de sa démarche de compositeur et de sa créativité rythmique, en s’inspirant de la poésie singulière de Geneviève Letarte qui «épouse des mondes incalculables» et «écrit par observations, à la cadence de la marche».

«Les bonnes histoires sont là
Pas besoin de les inventer
Les bonnes histoires sont lentes
Et parfois elles s’accélèrent» — GL

Puisant à même six poèmes extraits du livre rouge de l’auteur Tout bas très fort, Caloia les enchevêtre à sa musique, réordonnant les textes avec les mêmes techniques qu’il utilise pour sa composition. Il en résulte une œuvre magnétisante en sept mouvements d’une complexité rythmique, écrite pour voix, flûte, saxophone baryton, clarinettes, contrebasse, percussions. À cette instrumentation Caloia a ajouté des boîtes à rythme, détournées de leurs fonctions habituelles de métronome qui deviennent textures électroniques et inventions rythmiques.

Textes empruntés à Geneviève Letarte, avec la permission de l’auteur: Les bonnes histoires; Le petit pont; Fragment du ciel; L’allumeuse; Soleil mur; Soir bleu. (Tout bas très fort, Écrits des Forges, 2004).

Pour élaborer son nouveau projet musical, Nicolas Caloia s’est également inspiré du travail de composition de l’Américain Conlon Nancarrow (1912-97) qui s’est consacré à l’exploration méthodique de phénomènes rythmiques très complexes: polyrythmie, polytemporalité, canon de proportion (l’entrée des différentes voix ne se fait pas à la même vitesse), appliqués au piano mécanique (le seul instrument capable, dans le Mexique des années 40, d’exécuter ses œuvres).

Dossier de presse

Soirée «Beat Generation» chez Supermusique

Par Normand Babin in Montréalistement (Québec), 14 mars 2014
… ces petits moments de pure alchimie poético-musicale.

De plus en plus et depuis bientôt longtemps, les genres musicaux se mélangent et s’influencent les uns les autres. Le compositeur, contrebassiste et improvisateur Nicolas Caloia présentait hier soir en première une suite de sept mises en musique de textes poétiques de Geneviève Letarte: Les bonnes histoires. À peu près tout ce qui a marqué la musique au cours des 50 dernières années pouvait être soutiré de cet immense mash-up éclectique. Le jazz, du be-bop au free-jazz, la techno déconstructiviste ou funky, la musique de cabaret couleur berlinoise ou stravinskienne, le théâtre musical, la comédie musicale et j’en passe et j’en oublie. Tous étaient conviés dans une sorte de musique fusion, comme on parlerait de cuisine fusion.

En apéro, on entend d’abord un Prologue ou chacun est mis à nu dans un contre-emploi. Les maîtres improvisateurs que sont Lori Freedman et Jean Derome s’astreignent à une petite ritournelle de foire circassienne, tandis que le vocaliste Gabriel Dharmoo qui n’a pas nécessairement la formation vocale pour ce type de technique, chante en voix de tête à tue-tête. Dérangeant, ce premier volet trouve sa résolution dans le dernier, Soir Bleu, où les deux improvisateurs, Derome au saxophone et Freedman à la clarinette basse, transforment leurs sons en cris d’animal blessé dans une poursuite vers l’abîme inénarrable. Ça fait mal au ventre. Le vocaliste semble réellement inquiet de ce qui se passe sur scène. Il reprend sa mélopée en voix de tête, qui trouve ici tout son sens.

Entre les deux, de très belles musiques aussi. Dans le troisième mouvement, Fragment de ciel, un blues où le contrebasiste, Caloia, installe un léger problème d’arythmie cardiaque, tous les musiciens improvisent et se libèrent de la partition. On y ressent une réelle poésie. Le compositeur nous convie finalement, on commence à le comprendre, à une soirée de lecture musicale poétique. Un peu comme Allan Ginsberg pouvait le faire avec un Thelenious Monk dans les années 60, les musiciens collent leurs rythmes et leurs mélodies aux sons des mots. À moitié récité et chanté par Gabriel Dharmoo et Jean Derome, le texte est déconstruit. Ici le compositeur semble avoir appliqué les techniques d’écriture musicale de l’époque baroque au texte contemporain. Contrepoint textuel, mouvement de mots en fusée, spirale de syllabes, cette partie était une des plus réussies de toute la soirée.

Également notable et merveilleux, le cinquième mouvement, Se répand au soleil, un mouvement exclusivement musical, au fait un duo pour électronique et piccolo. Un groove funky, presque pas atypique donne une base merveilleusement solide pour que Jean Derome déploie de façon magistrale un scat flûté, une partie de jambe en l’air de sons aigus. Les trop peu nombreux spectateurs sont rentrés chez eux avec, encore en bouche, ces petits moments de pure alchimie poético-musicale.