Danielle Palardy Roger: Fables de La Breuvoir

Série Hommage Ana Sokolović

  • Jeudi 12 avril 2012
    20h00
  • Vendredi 13 avril 2012
    20h00
  • Samedi 14 avril 2012
    16h00
Studio multimédia — Conservatoire
4750, avenue Henri-Julien
Danielle Palardy Roger nous présente sa dernière création pour voix et percussions

Créatrice polyvalente, la percussionniste et compositrice Danielle Palardy Roger a, dans les années 80, écrit de nombreuses chansons pour les ensembles Wondeur Brass et Justine, ainsi que plusieurs œuvres dans lesquelles voix, musique, poésie et langage inventé s’interfèrent: le conte musical, L’oreille enflée (1990), le théâtre musical Candide sur une toupie (1994) et Voyage en Aphasie Mineure (1998), l’oratorio Bruiducœur, prières des infidèles (2004). Son œuvre la plus récente est le triptyque Pinta, Niña & Maria (2010).

Aujourd’hui, dans la même veine, elle nous présente sa toute nouvelle création pour voix et percussions, Fables de La Breuvoir, un théâtre musical aux allures ludiques, fantaisistes et dramatiques, qui révèle une suite d’allégories sur le génie, l’amour et la dualité intérieure.

Il était une fois… des fables musicales, sans queue ni tête ni morale, mettant en scène La Breuvoir, la conteuse, la diseuse de fables qui nous entraine dans des pays invraisemblables où foisonnent l’inattendu et mille curiosités. Elle raconte des histoires de bêtes: de centaure qui galope, de génie tricéphale, de sirène miroir, de renard interprète et de vache qui vahache.

Ces fables sont des hommages aux trois Claude: Vivier, Jutra et Gauvreau; à Gertrude Stein; à Ana Sokolović que la Société de musique contemporaine (SMCQ) célèbre en cette année 2012; et aux diseuses, à Juliette Gréco et à la langue française.

Fables de La Breuvoir est une œuvre de sons, de bruits de bouches, de musiques écrites et improvisées, où la percussion (instrument de la compositrice) est à l’honneur.

Les textes sont déclamés ou chantés par la comédienne Alexandrine Agostini et le vocaliste Gabriel Dharmoo. En contrepoint, les percussionnistes Catherine Meunier, Isaiah Ceccarelli et Corinne René entrent, dans le jeu de ce théâtre, avec leurs personnalités aux couleurs contrastées et complémentaires.

Émilie B-Beaulieu, éclairages; Lévy Bourbonnais, sonorisation; Angela Rassenti, costumes.

Avec:

Programme

    • 1. La Breuvoir
    • 2. Le chapeau du tricéphale (Hommage aux trois Claude: Vivier, Jutra, Gauvreau)
    • 3. Ana et le centaure
      • 1. Le centaure Pékapé
      • 2. La rencontre d’Ana (Hommage à Ana Sokolović)
      • 3. Ana oh Ana (Hommage à Ana Sokolović)
    • 4. Les amoures (Hommage à Juliette Gréco)
    • 5. Gertrude the Cow (Hommage à Gertrude Stein)
    • 6. Épilogue, le rêve du renard

Dossier de presse

Fables fabuleuses leuses leuses

Par Normand Babin in Montréalistement (Québec), 14 avril 2012
Moi j’ai aimé. Et je vous conseille plus que fortement.

Imaginons-nous à Montmartre un soir de printemps. Une soirée un peu dada, un chouïa poétique, mais surtout, le genre de soirée que vous voudrez un jour vous venter d’y avoir été.

Les Fables de la Breuvoir c’est un peu ça. Musique, à moitié écrite mais en partie improvisée. Des percussions tripatouillées par trois percussionnistes diplômés, des percussions détournées de leur usage habituel. Ah, la brosse à plancher qui gratouille la grosse caisse. Et que dire de cette cloche, celle qui cache et dévoile le plat que vous aller avoir en bouche dans ce restaurant trop trop chic, cette cloche donc, qui frotte langoureusement la caisse claire. Ah, j’oubliais peut-être l’archet qui servait à caresser les lames du vibraphones et les plaques du xylophone de majorette… Musique improbable donc. Mais musique en toile de fond d’un texte tout aussi déjanté. J’ai jouis d’entendre l’hommage à Gertrude Stein. A cow is a cow is a cow-cow. Oui, enfin c’est dit: «Gertrude est une vache». Et la narratrice mord avec avidité dans le mot “vache”. On saisit vraiment bien combien, bien vache est la vache. Plaisir raffiné que de vanner la bitch en chef que fut la Stein, et qui a laissé pour seul héritage culturel une toute petite phrase: “A Rose is a Rose, is a Rose, is a Rose”. Mais il y a aussi (surtout?) le vocaliste. Il répète, réinterprète, traduit, toujours dans une langue inconnue des mortels, le texte poétique tique tique tique. Frottements de langues, petits postillons, brrr, brrr, brrr, ploc ploc ploc. Higchtaotsinya… Le vocaliste est l’élément perturbateur et le plus hermétique de la place. Mais oh combien efficace. Le vocaliste est celui qui justifie toute cette histoire au fond. Il est la plus-value d’une aventure d’un soir. Celui au fait dont on se souviendra demain, sans trop comprendre pourquoi.

Vous n’avez rien de rien compris à ce billet? Bof, à vous de jouer! Moi j’ai aimé. Et je vous conseille plus que fortement. Reprises ce samedi à 16h, les Fables de La Breuvoir vous désaltérerons de votre soif de nouveauté. Vous ravirons de bonheur. 50 petites minutes de théâtre musical, d’envolée poétique, de douce folie. Pour de maigres 22$ vous ferez un voyages plus satisfaisant que celui que vous feriez sur n’importe quelle drogue. Et les souvenirs que vous en garderez seront plus heureux… Votre foi(e) préservé(e).

Critique

Par Lucie Renaud in Clavier bien tempéré (Québec), 13 avril 2012
Les 50 minutes de ce spectacle hors normes passent à une rapidité déconcertante et on se retrouve comme l’enfant qui sort d’un livre de contes aimé, avec l’envie de revisiter certains segments, de se réapproprier un jeu de textures ou l’autre, de conjurer de nouveau une juxtaposition de sens, un motif rythmique, une émotion.

Une diseuse, un traducteur tantôt renard, tantôt centaure, trois percussionnistes, un texte qui joue aussi bien sur les sonorités qu’avec les sens, une trame en partie notée qui laisse place à une improvisation parfois effervescente des interprètes: le dernier projet de théâtre musical de Danielle Palardy Roger prend un malin plaisir à réinventer les codes du genre. Articulées autour de six tableaux, les Fables de La Breuvoir tour à tour transportent, émeuvent, jouent la carte du ludique, deviennent invitation au rêve, laissent parfois perplexe mais n’ennuient jamais.

D’entrée de jeu, on est happé par la présence d’Alexandrine Agostini, guide, voix qui fait sens (malgré les détournements des sonorités), entièrement incarnée aussi bien dans le personnage que dans le texte, faisant si bien siens les mots de Palardy Roger qu’à un moment, j’ai dû me ressaisir pour réaliser que ce n’était pas l’auteure elle-même qui transmettait son texte, mais bien une remarquable interprète. Gabriel Dharmoo, renard traducteur de la première fable, multipliant jeux de voix, bruits de bouche, sons gutturaux, devient ici étonnant prolongement vocal aussi bien que rythmique, déformant et reformant le sens au fur et à mesure du tableau. Dans Le chapeau du tricéphale, hommage aux trois Claude (Vivier, Jutra, Gauvreau) il vient incarner Vivier, dans un déchirant duo avec Catherine Meunier, moment de pure poésie musicale, le vibraphone se fondant dans l’ombre de ce géant. Le troisième tableau, Ana et le centaure, s’articule autour d’un hommage à Sirènes d’Ana Sokolović, la belle causant la perte du centaure, qui ne réussira pas à l’oublier. Saluons ici la physicalité toute en intensité matée de Dharmoo en centaure, la subtilité des éclairages d’Émilie B-Beaulieu et l’articulation particulièrement subtile de Corinne René qui, tant dans le mouvement des doigts que dans la sonorité, réussit à capter parfaitement l’essence même du galop.

Hommage à Juliette Greco, moment hors du teps, Les amoures mise essentiellement sur la puissance du texte, incantation soutenue par un délicat accompagnement de balafon, portrait de ces amours multiples qui, à force de se redéfinir, oublient (et nous font oublier) leur signification première. Férocement ludique (comme semble l’avoir compris Isaiah Ceccarelli, multipliant avec un sourire contagieux les effets sur tambour), favorisant les jeux de cloches, Gertrude the Cow détourne la célèbre citation de Gertrud Stein, «A rose is a rose is a rose» qui devient ici «A cow is a cow is a cow, a cow-cow» (le même jeu sera repris avec «bell»). Stein y voyait l’expression de la puissance d’invocation qu’un mot peut avoir, évident parallèle avec le propos même de ces tableaux de Palardy Roger dans lesquels les mots deviennent musique, alors que bruitisme aussi bien que sonorités mélodiques se chargent d’un sens prégnant.

Les 50 minutes de ce spectacle hors normes passent à une rapidité déconcertante et on se retrouve comme l’enfant qui sort d’un livre de contes aimé, avec l’envie de revisiter certains segments, de se réapproprier un jeu de textures ou l’autre, de conjurer de nouveau une juxtaposition de sens, un motif rythmique, une émotion.

Critique

Par Yves Rousseau in Le Quatrième (Québec), 13 avril 2012
C’est à voir!

Avec la pièce les Fables de La Breuvoir, la créatrice Danielle Palardy Roger matérialise un espiègle et ludique jeu de forme contrapuntique où les contemporaines percussions rencontrent le métrique rythme d’un verbe iconoclaste, fabulatoire et eploréen.

Les Fables de La Breuvoir, ce sont d’allégoriques univers peuplés de mythologiques créatures. Ces fantasmagoriques présences se trouvent portées par la voix d’une conteuse qui nous entraîne au sein de mirifiques univers surréels.

La matière de la pièce table intertextuellement sur d’exploréens principes de déconstructions dans lesquels de verbaux jeux de formes et de rythmes font contrepoint à un très contemporain univers de percussion. On y croise le bestiaire univers des Fables de Lafontaine dans un actualiste hommage dédié à de fascinants univers sonores, existentiels et textuels: on y rencontre entre autres les compositeurs contemporains Claude Vivier et Ana Sokolović, et les poètes Claude Gauvreau et Gertrude Stein.

La performance prends ironiquement allure de solennel cérémonial mystique dans lequel défilent les officiants à partir d’une protocolaire routine réglée au quart de tour. Les trois percussionnistes officient selon une trame chorégraphique grandiloquente et synchrone, sur une scène visitée par un vocaliste produisant d’iconoclastiques onomatopées sonores, et par une glamouresque récitante aux manières remplies de superbe. Cette attitude pince-sans-rire et dissociée est évidemment destinée à mettre totalement à l’avant-plan un total acte de désobéissance structurelle porteur de libre matière. C’est un ludique, psychédélique et existentialiste geste de transgression qui défie la forme établie.

En plus des magnifiques et très surréelles climatiques sonores, la pièce peut compter sur un travail d’éclairage et sur un habillage costumier mettant parfaite touche finale à cette atmosphérique fantaisie.

La création les Fables de La Breuvoir est une très éclectique et très sympathique pièce totalement buzzante, humoristique, et trippante dans laquelle on décloisonne avec bonheur les diverses formes des arts contemporains.

C’est à voir!

Autres fontaines, autres moeurs…

Par Alain Brunet in La Presse (Québec), 12 avril 2012
Qualifiées de fantaisistes par la principale intéressée qui signe textes, musique, direction musicale et mise en scène, ces Fables de La Breuvoir déclinées en huit tableaux comprennent aussi un hommage tout particulier à Juliette GrécoLes amours.

Percussionniste, improvisatrice, compositrice, créatrice d’expérience sur le territoire des musiques actuelles, Danielle Palardy Roger poursuit une démarche fondée sur l’interaction entre langage inventé, voix et musique. Cette semaine au Conservatoire de musique de Montréal, les Productions SuperMusique présentent ses Fables de La Breuvoir. Inutile de souligner l’allusion rigolote à l’œuvre archiconnue de Jean de La Fontaine.

«La Breuvoir, résume-t-elle, est un personnage de fiction qu’incarne la comédienne Alexandrine Agostini, narratrice des fables au programme. Une deuxième voix participe [le chanteur Gabriel Dharmoo] ainsi que trois percussionnistes [Catherine Meunier, Isaiah Ceccarelli, Corinne René]. Ces derniers abordent le jeu de leurs instruments en s’inspirant aussi de ma manière de jouer, c’est-à-dire selon une approche bruitiste et texturale.»

Danielle Palardy Roger indique en outre que la compositrice montréalaise Ana Sokolović a été le déclencheur du projet; on sait que la Société de musique contemporaine du Québec jette cette année un éclairage particulier sur l’œuvre de Sokolović, d’où l’intérêt porté par notre interviewée.

«Ana est une créatrice excellente, femme prolifique et d’autant plus polyvalente. M’est alors venue l’idée de la fable Ana et le centaure, présentée en trois tableaux. J’y revisite [entre autres] de courts extraits de sa pièce Sirènes.

«La première fable au programme s’intitule Le chapeau du tricéphale, qui se veut un hommage à trois Claude essentiels au patrimoine moderne du Québec: Vivier, Jutra, Gauvreau. Gertrude the Cow, la troisième fable, se veut un hommage à Gertrude Stein, dont l’écriture a été pour moi un révélateur sonore et poétique.»

Qualifiées de fantaisistes par la principale intéressée qui signe textes, musique, direction musicale et mise en scène, ces Fables de La Breuvoir déclinées en huit tableaux comprennent aussi un hommage tout particulier à Juliette GrécoLes amours.

Autres temps, autres fontaines, autres moeurs…

Des fables en forme d’hommages

Par Frédérique Doyon in Le Devoir (Québec), 11 avril 2012
J’ai toujours été très proche de la parole, c’est quelque chose qui me fascine

Un renard traducteur, une sirène miroir, un centaure qui galope: d’étranges bêtes traversent le récit musical Fables de La Breuvoir de Danielle Palardy Roger, présenté dès demain au Conservatoire de musique de Montréal.

La compositrice et percussionniste rend hommage à la parole des sons et à la musique des mots de six créateurs: trois Claude — Vivier, Jutra et Gauvreau — et trois femmes — la compositrice Ana Sokolović, la chanteuse Juliette Greco et la poète Gertrude Stein.

«J’ai toujours été très proche de la parole, c’est quelque chose qui me fascine», dit celle qui livre ici son troisième théâtre musical, après L’oreille enflée (1990), Candide sur une toupie (1994) et son oratorio Bruiducœur, prières des infidèles (2004). «J’adore Gertrude Stein, une des personnes qui m’a allumée sur la transformation par la langue, comment on comprend les mots, comment ils nous servent pour décrire ou imager.»

Femme de musique actuelle, écrite et improvisée, Danielle Palardy Roger a aussi écrit de nombreuses chansons pour les ensembles Wondeur Brass, Justine et Les Poules qu’elle a formés notamment avec Joane Hétu et Diane Labrosse, toutes trois cofondatrices des Productions SuperMusiques. Elle poussait encore plus loin la rupture du langage dans Voyage en Aphasie mineure (1998).

Dans cette nouvelle création, la comédienne Alexandrine Agostini campe La Breuvoir, qui raconte et déclame en huit tableaux une histoire fabuleuse autour de ces figures admirées et honorées. Elle est accompagnée de trois percussionnistes (Catherine Meunier, Isaiah Ceccarelli et Corinne René) qui jouent aussi les chœur et coryphée, ainsi que du vocaliste Gabriel Dharmoo.

«Gabriel, je l’appelle le renard traducteur, il intervient dans chacun des tableaux et commente, il devient les trois Claude, le centaure, il figure chacun des personnages à sa manière, explique l’auteure-compositrice. Le récit est tout le temps présent et la musique est tout autour, en dessous ou se dépose dessus.»

Après s’être présentée, La Breuvoir raconte sa rencontre avec les Claude, «trois génies, trois fous de faire et d’inventer». S’ensuit l’hommage à Ana Sokolović, qui prend la forme d’une sirène dont le centaure tombe amoureux.

«Je me suis inspirée d’une pièce d’Ana pour six voix, qui s’appelle Sirènes. J’en ai pris deux extraits que j’ai traités à ma manière», dit cette défricheuse de nouvelles musiques, qui a aussi fait naître le groupe Le Vivier, bientôt occupant de l’édifice Saint-Sulpice.

Outre la parole éclatée, les instruments percussifs aux sonorités étranges règnent donc sur la pièce. «Je suis beaucoup dans les objets, les frottements, les cymbales, les tambourines», dit celle qui transmet aux musiciens sa vision des percussions improvisées à partir de canevas, genre de partitions musicales bonifiées de notes et de dessins.

Kabassas, tingshas, kalimbas, cloche de vache et toutes sortes de grelots variés trônent, alignés sur une table, prêts à être maniés, dans le Studio multimédia du Conservatoire — qui demain deviendra la scène.