Que dire à quelqu’un qui serait tenté de plonger dans
l’univers des Filles à l’envers? «C’est comme aller voir le film d’un cinéaste
qu’on ne connait pas, […] sauf que tu peux créer tes propres images dans ta
tête».
Le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, la maison de la
culture du Plateau Mont-Royal accueille Les Filles à
l’envers, un spectacle mettant en vedette quatre musiciennes (et un
musicien) qui explorent la face cachée des sons. Entretien avec deux filles qui
manient comme personne table-tournante, casseroles et autres objets inusités.
Il y a environ trois ans, la musicienne Magali Babin,
active sur la scène musicale expérimentale montréalaise depuis plus de 20 ans, a eu
l’idée de concevoir un spectacle féminin intitulé Les Filles à
l’envers, pour la simple et bonne raison que le show était présenté à la
salle L’envers, rue Van Horne.
«Je voulais créer la rencontre entre des femmes musiciennes issues de
différentes générations et de différents milieux de la musique improvisée: jazz,
électroacoustique, électronique, musique actuelle, etc., explique la créatrice dans
la quarantaine. J’avais besoin de tisser des liens avec des femmes de 20 ans qui
débutent dans le milieu, tout comme avec des musiciennes de 60 ans qui continuent
de travailler et d’être inspirantes».
Histoire de favoriser un brassage des genres et des générations, chaque
représentation propulsait sur scène des artistes différentes. «Ce n’était jamais le
même groupe. Il y a beaucoup de femmes qui font de la musique improvisée en ce
moment à Montréal», souligne la musicienne Joane Hétu, qui
a eu l’occasion de collaborer au spectacle.
Les filles à l’envers récidivent
En tant que codirectrice de la maison de production SuperMusique, Mme
Hétu, qui roule sa bosse depuis 30 ans dans l’univers de
la musique expérimentale montréalaise, a récemment approché sa complice Magali pour
lui demander de reprendre Les Filles à l’envers dans les
maisons de la culture.
«On voulait que tout le monde puisse avoir accès à ce genre musical qui demeure
encore underground et dont les médias ne parlent pas beaucoup. Nous avons un public
fidèle, mais je veux travailler à l’agrandir. Quand les gens sont exposés à cette
musique, les commentaires sont étonnants», soutient Joane
Hétu, bien heureuse de jouer le 8 mars.
«On s’est dit que ce serait l’fun de présenter le spectacle en mars pour
souligner la Journée internationale des femmes et pour présenter des musiciennes
fortes qui ont toutes développé un langage et un univers musical très personnel»,
ajoute Joane.
Au programme de la soirée: Magali Babin foulera les
planches avec sa table tournante et son objet fétiche: le microphone de contact.
«J’amplifie des objets avec des micros-contact. Ça permet d’entendre la résonnance
de l’objet», explique Mme Babin qui, l’année durant,
sillonne les festivals d’art électronique avec ses installations sonores.
«Par exemple, le plat à paëlla est un objet qui a plusieurs sonorités: le
contour, la poignée, le rebond, le rebord; toutes ces matières donnent différentes
textures sonores, continue la musicienne qui produit le son avec ses mains ou
d’autres objets».
La saxophoniste et vocaliste Joane Hétu montera
également sur scène. «J’ai développé une façon de travailler avec la voix, le
saxophone et les objets», lance la musicienne bruitiste.
La clarinettiste Lori Freedman sera aussi de la partie.
Internationalement reconnue dans le milieu de la musique contemporaine,
Freedman interprétera notamment un solo, tandis que
Myléna Bergeron, virtuose de l’ordinateur, fera jaillir
des sons provenant de petits objets inusités. «C’est une nouvelle maman, alors elle
a piqué une coupe de jouets à son fils!», rigole Magali. Le seul gars du band,
Alexander MacSween, jouera pour sa part de la boîte à
rythmes.
Résultat? Un mélange de sons électroniques et acoustiques à mi-chemin entre la
musique écrite et improvisée. «On va travailler avec des canevas d’improvisation et
quelques consignes… Ça ne sera pas aussi improvisé que certains autres spectacles»,
commente Mme Hétu. Solo, duo, trio, quatuor et quintette;
rien ne sera à l’épreuve des cinq musiciens.
Du cinéma pour les oreilles
Ce qui passionne Magali et Joane: aller chercher le son autrement, utiliser les
instruments de manière non traditionnelle.
«Un saxophone et une clarinette ont différentes sonorités qu’on n’entend pas
dans les orchestres habituels», illustre Magali. Selon elle, cette musique à
tendance «bruitiste» stimule l’imaginaire et fait naître en nous des images.
«Nous allons chercher la réalité sonore d’un objet, d’un instant. Nous faisons
le lien entre ce que l’on touche et ce que l’on entend. Ces sons sortent d’une
casserole ou d’objets que l’on connait tous mais qui, tout à coup, apportent une
nouvelle lumière», continue-t-elle.
Que dire à quelqu’un qui serait tenté de plonger dans l’univers des Filles à
l’envers? «C’est comme aller voir le film d’un cinéaste qu’on ne connait pas,
estime Magali. On est curieux et on sait qu’on va vivre une expérience. Là c’est
pareil, sauf que tu peux créer tes propres images dans ta tête».