La Presse (Québec)
Un quart de siècle de laboratoire pour l’Ensemble SuperMusique
Partitions grattées, coupées, collées, remixées, transformées. Un quart de siècle de
relecture constitue le corpus de Palimpseste d’orchestre, concert
commémoratif prévus ce soir et demain à l’Usine C.
Pour célébrer les 25 ans des Productions SuperMusique, les directrices artistiques
Joane Hétu (saxophone), Diane Labrosse (échantillonnages numériques) et Danielle
Palardy Roger (percussions) ont conçu ces concerts-événements afin de rendre compte du
travail accompli par les groupes Wondeur Brass, Les Poules, Justine et de l’Ensemble
SuperMusique dont elles sont les membres fondatrices. Assistées des membres de
l’Ensemble SuperMusique, elles comptent y évoquer les tendances fortes de la musique
actuelle telles que mises de l’avant depuis 1979.
Qui plus est, les trois oeuvres au programme de ce Palimpseste d’orchestre nous
feront vivre une expérience acousmatique: la musique interprétée sur scène par
l’Ensemble SuperMusique sera traitée en direct par les sonorisateurs Bernard Grenon et
Martin Léveillé, spatialisée par l’électroacousticien Jean-François Denis. Ambitieux
concept, en somme, d’autant plus que l’Ensemble des trois musiciennes puise parmi les
meilleurs éléments de la musique dite actuelle: les percussionnistes Pierre Tanguay et
Michel F Côté, le contrebassiste Pierre Cartier, le guitariste Bernard Falaise, Martin
Tétreault aux tables tournantes, Jean Derome et Laurie Freedman aux instruments à
vent.
«Pour commémorer ces 25 ans, explique Danielle Palardy Roger, nous nous sommes donné
carte blanche. Diane Labrosse est remontée jusqu’aux tout débuts de Wondeur Brass à
l’époque où on a commencé aux Clochards Célestes (les actuelles Foufs), bien qu’elle
ait aussi pigé dans un répertoire plus récent. Joane Hétu, elle, a entrepris de créer
une seule pièce à partir de 20 miniatures d’une minute. Ces minutes comprennent aussi
des éléments de ses propres projets tels Castor et compagnie ou Nous perçons les
oreilles. Pour ma part, j’ai repris six pièces créées au cours de cette période, de la
fin de Justine au premier répertoire de Wondeur Brass.»
On s’en doute bien, il est hors de question de livrer sur scène un décalque du
passé.
«À l’époque, raconte Danielle Palardy Roger, nous n’écrivions pas la musique, nous
n’avions pas de partitions. Il nous a donc fallu relire le matériel à partir des
enregistrements. Par exemple, j’ai repris les pièces en dictée pour ensuite créer des
partitions à partir des lignes développées par chaque instrumentiste. Mais il y a des
différences évidentes avec les livraisons originelles; nous partons d’une base assumée
par les trois créatrices, on fait ensuite évoluer le matériel.»
Non seulement l’ensemble SuperMusique s’appliquera-t-il à faire évoluer ses
classiques, mais encore la diffusion des sons sera magnifiée ici et maintenant.
«Il s’agit aussi d’un projet de spatialisation acoustique. L’Ensemble sera assez
éloigné du public, il sera amplifié par une façade stréréo conventionnelle, mais le
public sera entouré de 12 enceintes mettant en relief des éléments sonores précis. En
fait, la livraison sera beaucoup plus proche de la musique telle qu’on la pratique
maintenant.»
Un quart de siècle de laboratoire, donc, ça se fête en grand. Danielle Palardy Roger
ne se fera pas prier pour évoquer quelques souvenirs en ce sens.
«Nous étions dans une mouvance créatrice en théâtre, en arts visuels et en musique,
mais c’est surtout de la musique qu’on voulait faire. Nous formions un groupe
iconoclaste de femmes dont l’intention claire était de jouer d’une façon non
conventionnelle. Nous ne voulions pas suivre de recettes, nous voulions aborder la
musique d’une façon inédite, et ça a donné la musique qu’on connaît. Et qu’on fait
encore évoluer aujourd’hui. Nous sommes toujours dans le même créneau, d’ailleurs.»
«Vingt-cinq ans plus tard, nous jouissons d’une réputation tant au plan de la
production, de la diffusion que de la création. On ne fera pas dans la fausse humilité:
au plan de la production et la diffusion des musiques de création, notre contribution
est grande. En tant que créatrices? Nous sommes rendues ailleurs: nous continuons de
fouiller, creuser. Nous n’avons pas une attitude anthologique en ce sens, nous ne
faisons pas dans le pot-pourri. Nous revisitons, car nos musiques ne cessent de bouger.
Parce qu’il n’y a pas d’intérêt à copier ce qui s’est fait il y a 25 ans. C’est pour ça
qu’on trippe tant sur le concept de palimpseste.»
Palimpseste, rappelons-le pour vous épargner une visite dans le Petit Robert, est un
parchemin manuscrit dont on a effacé la première écriture afin de pouvoir écrire un
nouveau texte. Est-ce assez clair?
L’Ensemble SuperMusique se produit ce soir et demain, 20h30, à l’Usine C. Pour de
plus amples informations: www.supermusique.qc.ca
— Alain Brunet, April 1, 2005 [10238]
Le Devoir (Québec)
Retour vers le futur
Un concert pour souligner 25 ans de musique actuelle
Pour ses 25 ans, la compagnie Productions SuperMusique se paye du luxe: l’Usine C et
un retour dans le passé. Demain et samedi, un catalogue impressionnant de musique
actuelle sera revisité, relu et actualisé. Ce catalogue est celui des trois fondatrices
de la compagnie, soit Joane Hétu, Diane Labrosse et Danielle Palardy Roger, qui à elles
seules peuvent revendiquer un pan considérable de la musique actuelle qui s’est faite
au Québec depuis 1980.
Avec Palimpseste d’orchestre, Partitions grattées, coupées, collées et
transformées, le trio de compositrices fera profiter les amateurs de trois
nouvelles pièces faites à partir d’anciens morceaux. Les sonorités entendues seront
celles, présentées sous forme de pot-pourri ou de citations revues et corrigées au goût
du moment, de musiques pondues depuis 1979 en solo ou en collectif au sein de groupes
dont les noms ravivent maints souvenirs: Wondeur Brass, Les Poules, Justine, Castor et
compagnies ou encore Nous perçons les oreilles. Les grandes tendances des musiques
produites par SuperMusique seront remises sur le tapis.
Sorte de bilan, ce concert fait de commémorations? Pas selon Joane Hétu. «On avait
le goût de revisiter notre catalogue. C’est un temps d’arrêt, la première fois qu’on
regarde en arrière. En musique actuelle, on a toujours la prétention d’être à
l’avant-garde, dans la recherche, dans l’innovation. Au bout du compte, ce 25e
anniversaire a permis de revoir le chemin parcouru.»
Danielle Palardy Roger proposera Music Mnésic, où des extraits d’anciennes
partitions sont réinscrits dans une trame organisée autour de brouillages. Diane
Labrosse signera Retour sur les lieux du crime, une pièce faite de superpositions de
partitions, alors que Joane Hétu soumettra Zig Zag en forme de chants, qui reprend
vingt courts extraits de pièces chantées.
Les musiques du passé seront rehaussées avec des instrumentations différentes, une
nouvelle lutherie, des tourne-disques, des échantillonneurs et de l’électronique. «À
mon avis, ça fait de la musique de 2005», selon Hétu, qui sera accompagnée, elle et ses
comparses, par l’Ensemble SuperMusique, formé de onze musiciens plus que solides, dont
Lori Freedman, Michel F Côté, Bernard Falaise, Jean Derome et Martin Tétrault.
Ce voyage dans le temps ramènera des sons perdus dans les dédales de l’histoire,
notamment celle des années 80 et ses ambiances synthétiques. La musique actuelle d’hier
n’est plus celle d’aujourd’hui, elle passe dans les moeurs, récupérée des années après
par la pop. Hétu reconnaît qu’elle a souri à quelques reprises en astiquant ses
antiques. Cette traversée l’aura menée à délaisser la chanson, pour favoriser une forme
de musique improvisée, vers une musicalité marquée par le dépouillement, le minimalisme
et le bruitisme.
Le concert sera un mélange de sonorisation conventionnelle et de spatialisation à
plusieurs haut-parleurs, une rencontre d’anciennes musiques et de nouvelles. «Ça fait
peut-être un spectacle qui peut toucher plus de gens qu’habituellement. Il n’y a pas
que l’aspect très abstrait dans lequel on travaille maintenant. Il y a des thèmes qui
ressortent. Parfois, il faut juste avoir un petit quelque chose pour s’accrocher, pour
pouvoir prendre l’innovation.» À l’Usine C, demain et samedi, à 20h30.
— Bernard Lamarche, March 31, 2005 [10237]
Radio-Canada: Guide culturel (Québec)
La musique actuelle peut-elle vieillir?
Pas pour les Productions SuperMusique, qui célèbrent 25 ans de création en grattant,
coupant, collant et transformant leurs partitions en un Palimpseste d’orchestre.
Jamais de copie
«Je n’ai pas d’intérêt à rejouer les pièces telles que je les ai jouées il y a 20 ans.
J’ai le goût de maintenir le lien avec où je suis dans la création, maintenant»,
prévient Danielle Palardy Roger, cofondatrice des Productions SuperMusique avec Joane
Hétu et Diane Labrosse. Les musiques subiront en direct des manipulations
électroniques, puis seront spatialisées via un orchestre de haut-parleurs. «Nous
n’avons jamais travaillé dans la copie de nous-mêmes. Ça a joué contre nous, parce que
ça a toujours dérouté notre public», admet-elle.
Exigeante mais accessible
Improvisée, bruitiste, électronique, la musique actuelle plaît autant aux philosophes
qu’aux scientifiques, «des esprits qui cherchent de nouveaux chemins». Contrairement à
la musique contemporaine, qui descend de la musique classique, elle n’est pourtant pas
«une musique d’université». Dans la lignée des musiques populaires comme le folklore,
le jazz et le rock, elle est de tradition orale.
Des improvisations envolées
«L’histoire de la musique actuelle n’existe pas, on est en train de la faire», affirme
Danielle Palardy Roger. Pour ce spectacle commémorant un quart de siècle de diffusion
de musique de création, elle a dû se prêter à un véritable travail d’archéologue,
notant les morceaux qui avaient été enregistrés sur disques. «À l’époque, comme nous
travaillions en collectif, il n’y avait pas de partition de chef. Chacun avait la
sienne, quand ce n’était pas carrément du par coeur, ce qui fait que beaucoup de
musiques se sont perdues.»
Mémoire numérisée
Afin de remédier à cette absence de traces, Productions SuperMusique a mis en ligne ses
archives: articles, programmes, photos, affiches et pochettes de disques qui ont marqué
le parcours de la compagnie depuis ses débuts en 1979. Une exposition de quelques
documents historiques se tiendra aussi dans le foyer de l’Usine C, lors des deux
concerts.
Wondeur Brass, Les Poules, Justine et les autres
«Le type de musique qu’on faisait, personne n’en voulait, se souvient Danielle Palardy
Roger. Il y a 25 ans, une femme qui jouait de la batterie, du sax, de la trompette, de
la basse, ce n’était pas fréquent - ça ne l’est toujours pas - et ça nous excluait.»
Voilà pourquoi elle a fondé avec huit autres femmes un premier collectif, Wondeur
Brass, que le chroniqueur Pierre Foglia avait qualifié de subversif. D’autres ont
suivi, tandis qu’elles poursuivaient en parallèle des projets solos.
Mouvement international
Avant de participer au festival français Musiques et femmes, en 1984, elles se
croyaient seules au monde à faire ce genre de musique. Elles y ont découvert le
Feminist Improvising Group et , un collectif de rock progressif iconoclaste. «C’est là
que nous avons été capables de nous identifier à un mouvement. Puis, nous avons pris
contact avec d’autres musiciens qui faisaient ce genre de musique à Montréal.» C’est
ainsi qu’elles ont commencé à collaborer avec les René Lussier, Robert M. Lepage, Jean
Derome et André Duchesne, qui ont fondé l’étiquette Ambiances magnétiques.
Nouvelle lutherie
Aujourd’hui, l’exploration musicale passe beaucoup par l’ordinateur et la nouvelle
lutherie (instruments trafiqués, tourne-disques, etc.). «Nous avons d’excellentes
instrumentistes à Montréal et il y a une relève intéressante, surtout en
électronique.»
Une salle dédiée aux musiques d’aujourd’hui
«Présentement, nous devons nous promener dans diverses salles, davantage conçues pour
l’oeil que pour l’oreille, au gré de leurs disponibilités. En plus de nous coûter cher,
cela fait difficile pour le public de nous retrouver.» Les Productions SuperMusique, de
concert avec le Nouvel ensemble moderne et Réseaux des arts médiatiques, travaillent
depuis 2001 pour doter les musiques d’aujourd’hui d’un lieu dédié, avec une salle de
spectacles, un café et un espace pour accueillir des artistes étrangers. Un tel lieu
existe à Amsterdam, De IJsbreker (Le Brise-Glace). Il s’y donne environ 150 concerts
par an.
— Lili Marin, March 28, 2005 [10239]
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